REVISER L\'HISTOIRE-GEOGRAPHIE ET L\'ECJS.

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Egypte: la révolution de la place Tahrir.

 


Le 25 janvier 2011, dans le sillage de la révolution de Jasmin, en Tunisie, les égyptiens sortent dans les rues pour manifester leur mécontentement envers le pouvoir en place. Après 17 jours de manifestations intenses, le 11 février 2011, Hosni Moubarak, après 30 ans de pouvoir, démissionne, ouvrant une nouvelle ère politique pour l'Egypte.

Les causes de cette révolution sont multiples, nous allons les analyser en détail.

I.Les mutations de la société égyptienne.

1°)  Une démographie et une urbanisation galopante.

L'Egypte a quasiment doublé sa population en 30 ans, sous l'ère Moubarak, passant de 44 millions au début des années 80, à 83 millions d'habitants en 2012. La population égyptienne est désormais très jeune, puisque l'âge médian se situe à 24 ans.

A cette croissance démographique se conjugue un exode rural qui a alimenté la croissance urbaine. Le Caire, la capitale, est passé de 7,8 millions à 16,5 millions d'habitants de 1980 à 2012, un doublement de sa population en 30 ans.

Beaucoup d'égyptiens pauvres se concentrent dans la périphérie des grandes villes, dans les "ashwayet", bidonvilles qui caractérisent beaucoup de villes des pays en voie de développement.

 

2°) Une économie fragilisée par la libéralisation.

L'explosion démographique obligea l'économie égyptienne à avoir une croissance supérieure à 6 % par an, pour intégrer les nouveaux venus sur le marché du travail. La politique de libéralisation de l'économie, initiée par le fils du président, Gamal Moubarak, a entraîné des tensions sociales et des grèves à répétition, depuis 2006, notamment dans la ville ouvrière de Mahalla el-Koubra, qui connaît une agitation endémique. Cette cité qui concentre 75 000 ouvriers, uniquement dans l'industrie textile a subi de plein fouet la politique de privatisation.

40 % des égyptiens vivent en dessous du seuil de pauvreté et 47 % des 20 à 24 ans sont au chômage, selon le CAPMAS, l'organisme central des statistiques.

 

3°) Les émeutes du pain.

 

En 2007, le renchérissement des cours mondiaux des matières premières, notamment des céréales, a multiplié par 3 le prix de la farine, produit de base de l'alimentation égyptienne. Si le gouvernement, depuis Nasser, subventionne des tickets alimentaires pour les pauvres, véritable amortisseur social,  le blé est venu à manquer, début 2008, entraînant des "émeutes du pain" qui ont rappelé celle de 1977.

 

4°) Le discrédit du PND et de la famille Moubarak.

 

Parti unique, le Parti National-Démocrate, avec plus de 2 millions de militants et la colonne vertébrale du régime égyptien. Dès 2003, après le malaise du raïs, son fils, Gamal, est promu dans la hiérarchie du Parti. Gamal Moubarak est partisan d'une libéralisation économique et à la sympathie de tous les occidentaux. Mais la privatisation de l'économie égyptienne va surtout profiter aux proches du pouvoir, entraînant un discrédit grandissant du régime dans la population. En pleine révolution, en février 2011, le journal anglais The Guardian, évalua la fortune du clan Moubarak à 70 milliards de $ !

 

 

5°) Kefaya et le mouvement du 6 avril.

Dès juillet 2004, une opposition non-religieuse, appelée Kefaya, se créée, en réunissant des militants laïques, des étudiants, des ouvriers et même des nassériens pour stigmatiser le népotisme du régime Moubarak. Pour la première fois, le régime est ouvertement mis en cause.

Dans le sillage des grèves à Mahalla el-Koubra, deux internautes, Ahmed Maher, un ingénieur de 27 ans et Israa Abdel Fatah, cadre en ressources humaines, cyberopposants au régime de Moubarak qui avaient créé, le 6 avril 2008, une page Facebook de soutien aux grévistes de Mahalla.

 

6°) Les Frères Musulmans, meilleurs ennemis du régime.

 

Interdite depuis 1954, la confrérie des Frères Musulmans a connu un partenariat avec le régime égyptien depuis la présidence de Sadate. Le raïs acceptait le rôle des Frères dans le domaine social tout en leur interdisant de s'occuper de politique.

Investissant la Gamiya Charia, association de bienfaisance islamiste qui contrôle 6000 mosquées et dispose de 450 filiales, les Frères ont été les partenaires tacites du régime égyptien et n'ont d'ailleurs pas donné de mots d'ordre pour manifester, au début de la révolution.

Malgré tout il y a, au sein de la confrérie, une coupure générationnelle vieux/jeunes à l'image d'Essam el-Erian, un internaute qui incarne la version moderne et libérale de Frères Musulmans.

De même, Abou-Ela Madi, un membre de la confrérie créa, en 1996, Al Wasat, un parti d'inspiration islamiste mais libéral, qui ne fut jamais reconnu par le pouvoir, sauf après le départ de Moubarak.

 

7°) Le terrorisme islamiste.

 

Si les Frères Musulmans s'entendirent plutôt bien, avec le pouvoir, après Nasser, il n'en fut pas de même pour des mouvements islamistes radicaux comme le Jihad islamique ou le Gama al-Islamiya. Le premier eut dans ses cadres, un certain Ayman al-Zawahiri, qui fonda Al-Qaida avec Ben Laden et le second, fut guidé par le cheikh aveugle, Omar Abdul Rahman, commanditaire du premier attentat contre le World Trade Center, à New-York, en 1993.

Depuis l'assassinat du président égyptien Anouar-El-Sadate, en 1981, ces deux mouvements vont se rendre coupables d'attentats sanglants, comme le 8 octobre 2004, où 3 voitures piégés avaient tué une centaine de personnes dans le Sinaï.

Ce terrorisme des islamistes radicaux va entraîner des contre-mesures policières qui vont frapper aveuglément, discréditant encore un peu plus le régime.

 

II. Une société jeune, urbaine, en mal de liberté d'expression.

1°) Le développement d'internet en Egypte.

 

L'Egypte a su amorcer très vite son entrée dans l'ère des nouvelles technologies de l'information, une prouesse à mettre au crédit d'Ahmed Nazif, ancien ministre des Télécoms de Moubarak, avant de devenir Premier Ministre en 2004, remercié par le raïs au 3eme jour de la révolution. En 2009, l'Egypte avait près de 20 % d'internautes réguliers selon l'Union Internationale des Télécommunications.

 

2°) Internet, vecteur d'une nouvelle liberté d'expression.

 

# Alaa Abdel Fatah, le pionnier du net.

 

A la fin des années 90, Alaa.Abdel.Fatah crée un site, manalaa.net, qui permet aux internautes égyptiens de surfer sur la toile. Devant le succès de son site, il sera même récompensé, en 2005, par Reporters sans frontières. Cette même année, son site se transforma en plate-forme d'opposition au régime, ce qui lui valut de la prison ferme, en 2006.

 

# Wael Abbas et la dénonciation de la torture.

Cet internaute fut le premier à dénoncer la torture en mettant en ligne des vidéos de torture frappant Emad el-Kébir, un chauffeur de bus. Dénonçant régulièrement les abus de la police, il est régulièrement harcelé par le pouvoir et recevra, en 2008, le prix du courage par Human Rights Watch.

 

# Le mouvement du 6 avril 2008.

C'est un mouvement, comme nous l'avons vu, qui a été créé sur Facebook, le 6 avril 2008, par deux égyptiens et qui a connu un succès grandissant sur la toile, fédérant la cyberopposition au régime de Moubarak.

 

# Wael Gonhim et l'assassinat de Khaled Saïd.

 

Le 6 juin 2010, un blogueur oppositionnel, Khaled Saïd, est assassiné par la sécurité d'état égyptienne. Un informaticien, Wael Gonhim, va alors créer une page Facebook: Nous sommes tous des Khaled Saïd,  en montrant le visage défiguré du jeune homme. Cette page va connaître un succès phénoménal et verra 300 000 inscrits fin 2010. Le 28 janvier 2011, alors que les manifestations, place Tahrir, ont commencé il y a 3 jours, Wael Gonhim est arrêté.

 

III.La révolution égyptienne.

 

1°) Crise politique et sociale.

 

Le discrédit du régime, le développement d'une opposition, notamment sur internet, les grèves des ouvriers, face à la privatisation de l'économie égyptienne, ont exacerbé le ressentiment envers le régime. Les élections truquées de novembre 2010, avec des bourrages d'urnes filmés par des téléphones portables et mis en ligne, la dénonciation, sur la toile, des tortures de la police égyptienne, ont réuni une jeunesse en mal de libertés d'expression et un petit peuple frappé de plein fouet par la libéralisation de l'économie et par l'inflation.

L'exemple de la révolution de Jasmin, en Tunisie, qui avait vu la chute de Ben Ali, quelques semaines avant, a été certainement une des étincelles qui a mis le feu au poudre.

 

2°) La manifestation du 25 janvier 2011.

 

Crée en avril 2008 pour soutenir un mouvement de grève, le mouvement du 6 avril, lança un appel à la grève générale, sur Facebook, pour le 25 janvier 2011. Avec eux, toute une opposition disparate, du mouvement Kefaya aux jeunes Frères Musulmans. Malgré les menaces du ministre de l'Intérieur, Habib el-Hadly, la manifestation fut un grand succès populaire, du jamais vu 2003.

 

3°) 28 janvier, "pot de départ pour Hosni Moubarak".

 

Après deux jours de manifestations, qui a aussi vu le retour de Mohammed el-Baradei, une page Facebook pour le "pot de départ d'Hosni Moubarak", reçoit des dizaines de milliers de "like", et le pays va s'embraser. A minuit, ce 28 janvier, Hosni Moubarak annonce la démission du gouvernement.

Les jours suivants, les commissariats et les locaux du PND sont pillés.

 

4°) 7 février, les pleurs de Wael Gonhim.

 

L'opposant Wael Gonhim est libéré par le pouvoir et passe à la TV égyptienne (Dream TV), le soir, où ses pleurs vont émouvoir le pays entier. Le lendemain, c'est un raz-de-marée populaire et anti-Moubarak qui se déploie. Le 10 février, l'armée encercle la place Tahrir, et le général el-Roweini déclara que les demandes du peuples seront satisfaites.

 

5°) Le 11 février, la démission d'Hosni Moubarak.

 

Le 11 février 2011, Hosni Moubarak démissionna de toutes ses fonctions.



23/09/2013
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