REVISER L\'HISTOIRE-GEOGRAPHIE ET L\'ECJS.

REVISER L\'HISTOIRE-GEOGRAPHIE ET L\'ECJS.

CULTURE GENERALE.


NOS ANCÊTRES PAS TOUJOURS GAULOIS !

 

Nos ancêtres les gaulois reste une assertion plutôt récente, qui date du 19eme siècle. En effet, nos rois de France se disaient descendants des guerriers francs ou des romains et non des gaulois, peuplades barbares décrites par César, dans La Guerre des gaules. Mais à l'époque de la Révolution française, les peuplades gauloises assimilées alors au tiers-état, se lèvent contre cette noblesse héritières des conquérants francs. En 1820, l'historien Amédée Thierry réhabilita la culture gauloise avec sa monumentale Histoire des gaulois, qui fut un grand succès en librairie, jusqu'à la fin du 19eme siècle. C'est sous le Second Empire, en 1862, que Napoléon III décida la création du Musée des Antiquités gallo-romaines et celtiques, qui ouvrira en 1867 et remit au goût du jour les traditions gauloises, civilisées par l'apport romain et qui donna la civilisation gallo-romaine. 

Dans les manuels scolaires de la IIIeme République, les gaulois apparaissent comme des patriotes, luttant contre l'impérialisme romain, et Vercingétorix fut érigé en héros par l'historien Camille Jullian,

 


 (Vercingétorix rendant les armes à César, de Lionel Royer, 1899.)

 

image qui fut reprise après la guerre de 1945 et qu'a popularisé Astérix.

Les historiens contemporains, comme Christian Goudineau, grâce aux découvertes archéologiques, dont la plus célèbre fut la "tombe de Vix", pensent que les gaulois sont avant tout une création de César, qui a donné l'image, dans sa Guerre des Gaules, d'une entité territoriale homogène alors, ce qui n'était pas le cas. Car pendant longtemps, les historiens se sont appuyés sur l'ouvrage de César et sur le récit de Poseidonios d'Apamée, un philosophe grec qui avait parcouru la Gaule romaine (la Narbonaise depuis 121 avant JC) au 1er siècle avant JC. Mais depuis une cinquantaine d'années, les nombreuses découvertes archéologiques ont amendé la vision de ces auteurs anciens et ont fait émergé un monde gaulois hétérogène, complexe, fortement influencé par les échanges avec Rome, depuis le 3eme siècle avant JC, bien avant l'annexion de la Gaule par les romains, en 50 avant JC.

Pour approfondir le sujet, lisez le n°439 de L'Histoire, septembre 1917, avec notamment l'interview de Laurent Olivier ou C'est pas sorcier.




09/09/2017
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Les médias, de Guttenberg à Internet.

Il est de bon ton, aujourd'hui, de critiquer les médias, qui ne seraient que les relais de la pensée dominante, des puissances d'argent, manipulant et censurant pour pérenniser le pouvoir d'une oligarchie prédatrice comme le laissait entendre le documentaire Les nouveaux chiens de garde, de Serge Halimi. Si cette critique des médias est ancienne et est en partie justifiée, elle tombe souvent dans la caricature et ne tient pas compte des nouvelles technologies de l'information, dont internet, qui ont profondément révolutionné le champ médiatique.

 

I.La critique des médias.

 

1°) Marx ou des médias à la solde de la bourgeoisie.

 

Pour Marx, ce sont les rapports de production ou infrastructure, qui déterminent la "superstructure" les institutions politiques, le droit, la philosophie, la morale, bref, le monde des idées. Les médias, la presse et les livres à son époque, ne font que relayer les idées de la classe dominante, la bourgeoisie, qui par ce biais, pérennise son système de domination sur la classe ouvrière.

 

2°) Antonio Gramsci et l'hégémonie culturelle.

 

Pour le philosophe marxiste Antonio Gramsci, mort dans les geôles mussoliniennes,


 (Gramsci dans les années 20. Source: wikipedia)

expliqua la perpétuation de la domination bourgeoisie et la pérennisation du capitalisme, dont Marx avait annoncé la mort imminente, par l'hégémonie culturelle bourgeoisie qui arrive à imposer un consentement par le biais des industries culturelles (radio, cinéma ...) au peuple, pour que ce dernier ne se révolte pas et adopte même les intérêts de cette bourgeoisie.

 

3°) L'Ecole de Francfort et les industries culturelles.

 

L'Ecole de Francfort est un mouvement philosophique né dans les années 30, dont les leaders étaient Theodor Adorno et Max Horkheimer qui avaient finalisé leurs travaux dans leur livre "La dialectique de la raison", et qui analysèrent les effets de la massification au travers des nouvelles techniques de production de l'information et des biens culturels. Leur conclusion met l'accent sur la standardisation des productions culturelles soumises, comme les industries, à la loi du profit et destinées à donner à la majorité ce qu'elle veut, des spectacles divertissants, contribuant à l'abrutir et à la détourner des vrais problèmes.

 

4°) Bourdieu et la logique interne du champ médiatique.

 


 

Le sociologue Pierre Bourdieu a mis l'accent sur le statut précaire de la classe journalistique, composée de beaucoup de précaires et qui intègre, inconsciemment, des manières de penser en phase avec les décideurs du journal, actionnaires et annonceurs. Il existe donc un champ journalistique qui a sa logique propre, avec des acteurs qui réagissent souvent de manière identique, formés dans les mêmes écoles et tributaires des mêmes contraintes économiques et idéologiques.

En effet, les médias télévisuels et radiophoniques appartiennent à quelques grands groupes capitalistes comme Hachette, TF1 ou Vivendi, qui n'ont pas intérêt à ce que le système change. De même, les journalistes français sont formés dans 13 écoles de journalisme reconnues par la profession et dont les enseignants font souvent partie du PAF, une sorte de reproduction socio-professionnelle obéissant aux mêmes intérêts de classe.

Pierre Bourdieu constatait aussi qu'avec la baisse de l'audience des journaux écrits et l'hégémonie de la télévision, c'est la petite lucarne qui façonnait les cerveaux.

 


 

L'objectif n'étant pas d'acquérir une meilleure connaissance du monde par le biais télévisuel mais comme le disait l'ancien PdG de TF1, Patrick Le Lay, d'aider Coca-Cola à vendre son produit !

Pour Serge Halimi, rédacteur en chef du Monde Diplomatique et auteur des Nouveaux chiens de garde, les décideurs médiatiques invitent toujours les mêmes personnalités, les mêmes économistes qui font la promotion de l'idéologie libérale en écartant tout pensée hétérodoxe qui ne serait pas en phase à l'idéologie dominante. Et la multiplication des chaînes depuis la libéralisation du Paysage Audiovisuel Français, en 1984, n'équivaudrait pas à un surplus de choix, d'après Serge Halimi, puisque les centaines de télévision diffusent globalement les mêmes programmes (séries TV, jeux, films, sport) et les journalistes de ces chaînes invitent, à part quelques exceptions comme "Ce soir ou jamais", l'émission de Frédéric Taddeï, les mêmes experts. D'ailleurs, des émissions un peu corrosives comme Arrêt sur Image de Daniel Schneiderman ou Le vrai journal, de Karl Zéro, sont passées à la trappe pour ne pas être assez dans la norme !

 


 

5°) Chomsky et la fabrication du consentement.

 


 

Le linguiste Noam Chomsky, dans la lignée d'un Antonio Gramsci, voit les industries culturelles comme des relais de l'idéologie bourgeoisie dominante, qui fabriquent un consensus idéologique permettant à la classe dominante capitaliste de se pérenniser et de protéger ses intérêts.

 

II.Internet, une révolution médiatique ?

 

Ces critiques envers le système médiatique datent de l'ère pré-internet, comme le livre de Noam Chomsky, "La fabrication du consentement" (1988) ou Sur la télévision de Pierre Bourdieu (1996). Or, un nouveau média, Internet a peut-être changé la donne médiatique.

 

1°) Internet, ou la fin de la dictature des journalistes ?

 

La fabrication de l'information, avant internet, se faisait par les seuls journalistes, classe qui obéissait à des intérêts communs comme l'avait précisé Bourdieu. Entre la réalité et le public il y avait donc le journaliste, qui choisissait et traitait l'information à sa guise, la plupart du temps dans l'intérêt de ses actionnaires,  comme le prêtre était un intermédiaire obligé entre le croyant et le message divin. Des médias comme la presse écrite, la radio ou la télévision obéissaient à un schéma transcendantal, avec une information qui venait d'en-haut pour se propager dans le public sans que ce dernier ait son mot à dire.

Internet changea la donne car média horizontal, fonctionnant en réseau, , il remettait en cause la parole divine du journaliste, ancien médiateur obligé entre lui et la réalité et faisait de chaque internaute un producteur potentiel d'informations.

Aujourd'hui les internautes ne sont plus obligés de passer sous les fourches caudines des journalistes, classe formée dans les mêmes écoles et qui sont formatés pour réagir de manière identique.

 

2°) Blogs et sites ou la démocratisation médiatique.

 

Avant internet, intervenir dans le milieu médiatique, c'est à dire créer un journal, une radio ou une télévision, pouvait coûter très cher.

Désormais, créer un blog ou un site ne coûte quasiment plus rien, quelques dizaines d'euros et tous les citoyens qui veulent en créer un le peuvent ! Des mouvements idéologiques n'accédant pas aux médias mainstream peuvent s'exprimer et certains connaissent un certain succès. Lors du référendum pour le TCE, en 2005, le blog d'Etienne Chouard, qui était contre le Traité Constitutionnel Européen, a connu un succès phénoménal participant, assurément, au succès du NON alors que tous les grands médias étaient pour le OUI.

De même, dernièrement, le succès de la révolution égyptienne, doit beaucoup aux réseaux sociaux comme Twiter et Facebook, qui ont permis de coordonner les oppositions au régime de Moubarak et de faire circuler l'information censurée par le régime.

De même, internet, donne un formidable accès aux savoirs encyclopédiques et livresques, puisque des milliers de livres sont désormais accessibles par le biais du net, révolutionnant la diffusion des savoirs.

 

3°) Technologies mobiles, internet et censure.

 

Aujourd'hui, il est très difficile pour un Etat de censurer l'information. Autant lorsqu'il s'agissait de médias de masse transcendants, comme la presse écrite, la radio ou la télévision, il était assez aisé de contrôler l'information, autant la toile virtuelle et les nouvelles technologies nomades se prêtent mal à une censure maîtrisée.

Les technologies nomades, comme le caméscope puis le téléphone portable fait de chaque citoyen un journaliste en puissance. Le cas qui a fait date dans l'histoire du journalisme fut l'affaire Rodney King. Interpellé et passé à tabac par des policiers de Los Angeles, en 1991, scène filmée par un habitant du quartier avec son caméscope, la vidéo, rendue publique, fera scandale, et entraînera les émeutes de Los Angeles, en 1992.

La révolution égyptienne est ici assez emblématique des difficultés du pouvoir à contrôler l'information. La contestation au régime de Moubarak avait commencé, entre autres, avec le mouvement du 6 avril 2008, groupe informel qui s'était fait connaître via Facebook. Les blogueurs Wael Abbas et Wael Gonhim furent aussi des leaders de l'opposition numérique à Moubarak et facilitèrent la révolution égyptienne, contournant la censure du régime.

Dernièrement, les révélations de Wikileaks, même si la montagne aura accouché d'une souris, illustra bien que la censure était désormais bien difficile, pour les pouvoirs en place.


 

4°) De Big Brother au panoptique.

 

La révolution internet et les technologies mobiles ont mis donc à mal la censure et, désormais, même si le célèbre "on nous cache tout" (Nom d'un site conspirationniste)  a beaucoup de succès sur la toile, avec toutes les théories conspirationnistes, c'est plutôt dans le panoptique benthamien dans lequel nous sommes projetés, dans lequel l'information circule à la vitesse de la lumière, réduisant le monde à un "village planétaire" comme disait McLuhan.

Mais nous sommes aussi désormais submergés d'informations diverses et variées, sans le filtre journalistique pour faire le tri, ce qui donne parfois un traitement de l'information qui se résume à de la propagande.

 

Conclusion:

La révolution internet a donc profondément modifié notre rapport au monde, puisqu'elle a arraché les citoyens du seul filtre journalistique, journalistes qui étaient les seuls médiateurs entre le public et la réalité. Elle a permis une démocratisation du système médiatique, contournant les censures et les oukazes venus d'en-haut et faisant circuler l'information à la vitesse de la lumière. Mais tout progrès à son côte obscur,


 

puisque si il libère la parole citoyenne, internet peut aussi obscurcir le ciel de la réalité, puisque chaque internaute peut fabriquer sa propre vérité, fut-elle délirante !

De même, cette omniprésence des technologies mobiles libèrent et aliènent le consommateur, plongé dans un univers virtuel où sa vie privée est à nue, sous le regard de Big Brother.


Toutefois, internet a aussi libéré l'individu, en l'arrachant du système médiatique traditionnel et de la loi des journalistes. Les médias aliènent et libèrent, abrutissent et réveillent, selon que l'on soit à fond dans la consommation ou sur la voie de la connaissance et de la libération. Internet reste donc outil formidable dont l'impact sera aussi puissant que l'invention de l'imprimerie par Gutenberg.


29/09/2013
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Les 7 fléaux qui menacent les océans.

 

L'explosion de la démographie humaine, les diverses pollutions, et la surexploitation, impactent gravement les océans, touchés par 7 fléaux:

 

1. Le réchauffement des eaux.

 

Le réchauffement climatique global fait augmenter la température de l'eau océanique ce qui tue le corail. L'ensemble des  récifs coralliens pour disparaître à l'horizon 2050.


 

2. L'acidification.

 

L'absorption croissante de CO2 par les océans acidifie l'eau. Cette acidité, qui a grimpé de 30 % depuis les débuts de l'ère industrielle contribue à affaiblir la fabrication des coquilles ou des squelettes calcaires, et menace la croissance des mollusques, crustacés, coraux, oursins et algues calcaires.

3. La destruction de l'habitat.

Le passage des  chaluts de fond qui racle le plancher océanique détruit l'habitat et la biodiversité océaniques. Plus de 20 millions de km2 de fonds seraient ratissés chaque année.

4. La surexploitation.

 

La surexploitation des fonds marins a mis en péril certains espèces de poissons. Dans l'Atlantique nord-ouest, les prises de morues ont baissé de 90 %, au début des années 90, décidant le gouvernement canadien à interdire sa pêche.

En Méditerranée, les stocks de thons rouges déclinent dangereusement, annonçant la disparition de l'espèce à l'état sauvage.


 

5. Pollution.

 

Les océans sont les dépotoirs de l'humanité et la moitié des plastiques produits finirait dans l'eau, impactant la biodiversité marine. Dans le Pacifique nord, un 6eme continent de plastique couvrirait 3,5 millions de km2.

6. Hypoxie et zones mortes.

L'hypoxie est une zone pauvre en oxygène, qui met en péril la vie marine et peut déboucher sur une zone morte.

Une zone morte est un espace maritime où il n'y a pas assez d'oxygène dissout pour permettre la vie aquatique. Depuis 1960, elles se sont multipliées.


 


27/08/2013
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La Ville : de Sumer à Paris.

Pour la première fois, en 2007, selon la Banque Mondiale, le nombre de citadins a dépassé le nombre de ruraux, faisant de l'espace urbain, le lieu d'habitation majoritaire des terriens. Cette urbanisation est encore plus prégnante dans les pays développés, où les 2/3 de la population vivent dans les villes.

Mais si la ville est aujourd'hui un paysage familier et la norme, d'être un urbain, ce ne fut pas le cas avant le 19eme siècle, où les ruraux étaient majoritaires.

Toutefois, l'urbanisation est un phénomène très ancien, qui est apparue à la fin de l'ère néolithique, où l'apparition de l'agriculture a sédentarisé les chasseurs-cueilleurs nomades qui sont devenus des agriculteurs attachés à leur terre. La première cité connue, Uruk, est apparue en Mésopotamie, au cours du IVeme millénaire avant J-C, et c'est dans cette région que vers -3000 ans avant J-C, l'écriture a fait son apparition, sortant l'histoire des âges sombres de la préhistoire pour la projeter dans l'Antiquité.

Si les termes "cité" et "civilisation" sont étymologiquement liés par la racine latine "civitas", qui lie la ville à la citoyenneté et à l'épanouissement de la technique et des arts, l'espace urbain est aussi perçu comme un lieu plein de noirceur, où le crime et la corruption peuvent régner, comme dans les récits bibliques sur Babylone, où la concentration des populations peut générer des révoltes et des révolutions, mettant en péril l'ordre établi, transformant l'espace habité en "enfer urbain", comme certaines mégalopoles actuelles, rongées par la délinquance et la pollution en donnent le triste exemple.

C'est cette dimension janusienne de la cité, de la ville lumière à la ville délétère,  en suivant une trame chronologique, de la cité antique à la fin du 19eme siècle, que nous allons évoquer.

 

I°) La ville, creuset des civilisations ?

 

L'apparition de la ville est concomitante à l'invention de l'écriture, et il est fort probable que la première ait enfanté la seconde, faisant de l'espace urbain le lieu où s'épanouira la civilisation. Il n'en reste pas moins que dès son origine, la ville inspire aussi de la crainte, par son pouvoir de corruption des âmes, notamment dans le récit biblique.

 

a°) La cité biblique.

 

Dans le récit biblique, c'est Caïn, l'agriculteur, qui tua son nomade de frère, Abel, condamné par Dieu à l'errance pour son crime, qui créa la première ville, dans le pays de Nod, le pays de l'errance, baptisée Hénoch, qui signifie le "commencement".

C'est dans cette nouvelle ville, que naîtra l'artisanat du métal, avec Tubalcaïn, mais aussi l'art, avec le joueur de flûte, Youbal.

Dès l'origine, la ville est associée au travail agricole ou artisanal et à la création artistique, fonction laborieuse et culturelle qui sont toujours d'actualité.

Mais dans la geste biblique, la ville pouvait prendre des atours plus diaboliques, puis qu'abritant des créatures pêcheresses, comme à Sodome et Gomohrre, détruites par le feu divin.

 

b°) Uruk, la première ville connue.

 

Uruk est la cité la plus ancienne que nous connaissons, dans le sud de l'Irak, sur les bords de l'Euphrate, apparue au cours du IVeme millénaire avant J-C. Elle est le fruit de la révolution néolithique qui vit l'homme domestiquer les plantes et créer l'agriculture, qui attacha le paysan à sa terre, sédentarisation des hommes qui contrastait avec le nomadisme du chasseur-cueilleur. On retrouve d'ailleurs cette opposition sédentaire/nomade dans le récit biblique, avec Caïn, l'agriculteur, qui tua son frère, Abel, l'éleveur.

C'est ici que fut crée l'écriture dite cunéiforme, en -3000 avant J-C, ligne de partage entre la préhistoire et l'Antiquité, preuve que la civilisation urbaine naissante était propice à l'épanouissement d'une civilisation de l'écrit.

 

c°) La beauté vénéneuse de Babylone.

 

C'est la ville de Babylone, créée dès le IIeme millénaire avant J-C, qui connût son "âge d'or" à l'époque de Nabuchodonosor II, au 6eme siècle avant J-C, avec ses mythiques jardins suspendus, décrits par les auteurs grecs, mais qui sera vilipendée par le récit biblique, puisque la Génèse y situa la célèbre Tour de Babel, symbole de l'orgueil des hommes, 


(Source: Peter Bruegel l'ancien)

paradigme de la corruption, antre de Lucifer, dans la tradition chrétienne.

On retrouve ici la vision païenne, gréco-romaine de l'espace urbain, lieu de la citoyenneté et de l'épanouissement de la civilisation, alors que la perception judéo-chrétienne fait de la cité un espace corrompu (Sodome et Gomohrre ou Babylone) où les hommes se perdent et qui ne pourra jamais être à l'image de la perfection de la cité céleste, chère à Saint-Augustin. La ville symbolise l'orgueil des hommes face à Dieu, puisqu'elle signifie, implicitement, l'émergence d'un espace autonome où les hommes se géreront eux-mêmes. (On peut lire l'essai de Jacques Ellul, Sans feu, ni lieu, sur l'interprétation biblique de la ville).

 

d°) La cité grecque et romaine, creuset de la citoyenneté et de la civilisation.

 

La guerre de Troie, narrée par Homère dans L'Iliade, qui est indirectement liée à la naissance de Rome, a profondément marqué l'imaginaire occidental. Mi-réelle, mi-légendaire, ce siège de la cité de Troie, en Asie Mineure, par une coalition d'achéens, donne une image militaire des cités de l'époque, protégées par leurs épaisses murailles.

Les "cités-Etats" grecques, la "polis", associe intimement, l'urbanité à la citoyenneté et est composée d'hommes libres et autonomes qui ont décidé de vivre ensemble en se soumettant à la loi de la cité. La statut de citoyen vivant dans la "polis", distingue le monde grec civilisé du barbare. La loi est tellement importante pour les citoyens grecs, que Socrate refusa de s'enfuir pour éviter la peine capitale et préféra accepter le verdict de ses juges en buvant la cigüe. Même si la cité grecque excluait de son fonctionnement politique les femmes et les esclaves, il n'en reste pas moins que c'est dans cet espace, notamment à Athènes, qu'une nouvelle organisation politique vit le jour, la démocratie, et que l'esprit philosophique naquit, dans l'Académie platonicienne ou le Lycée aristotélicien. La cité grecque fut avant tout le lieu de la modernité politique, autour de l'agora et de l'apprentissage du savoir.

La "civitas" latine reprit l'héritage de la "polis" grecque, puisque le terme désignait autant la "citoyenneté" que la "civilisation".  La cité romaine était donc, comme chez les grecs, la limite entre le monde civilisé et la barbarie, frontière tracée par la charrue de Romulus, fondateur de Rome, en -753 avant J-C, délimitant cet espace quasi-sacré, franchi par Remus, qui paya ce blasphème de sa vie. 

La Rome impériale sera pendant 5 siècles, le berceau de la puissance, concentrant les attributs du pouvoir, qui se déclinait dans des ouvrages monumentaux, comme le Colisée


(Source: wikipedia)

les arcs de triomphe de Vespasien et de Titus, les marchés de Trajan, ou les superbes thermes de Caracalla, sans oublier le forum, haut lieu du pouvoir politique. La civilisation urbaine romaine parsèma tout l'Empire, et ses marques sont encore présentes aujourd'hui, en Provence, avec les arènes d'Arles et de Nîmes, le théâtre antique d'Orange, comme dans toutes les anciennes provinces impériales.

La chute de Rome en 476 après J-C, emportée par la fureur des barbares, fut la revanche de ces nomades guerriers, contre la sédentaire civilisation romaine.

Seule Constantinople, capitale de l'Empire romain d'Orient, survivra avec magnificence, jusqu'à sa chute, en 1453, contre les turcs ottomans. La cité de Constantin gardera les oripeaux de la puissance impériale, qui s'inscriront dans la Basilique Sainte-Sophie, érigée dès 532, par l'architecte et mathématicien, Isidore de Milet,  sur l'ordre de l'empereur Justinien le Grand, prodige de l'architecture de l'époque, avec sa monumentale coupole. Près de 10 siècles plus tard, Mehmet II, le sultan ottoman, la transformera en mosquée, 

 


(Source: wikipedia)

uniquement surpassée par la Mosquée Bleue, deux siècles plus tard, dans un face à face muet et séculaire,

faisant de l'actuelle Istanbul, une ville-monde, passerelle entre l'Orient et l'Occident, l'Europe et l'Asie, baignée par les eaux du Bosphore, attestant que la ville est un haut lieu de religiosité.

 

 

 

e°) Les fonctions traditionnelles de la ville.

 

 

 

L'espace urbain que ça soit en Mésopotamie, en Grèce ou à Rome concentrent certaines fonctions immuables que l'on retrouvera dans toutes les aires géographiques et à toutes les époques. On peut donc parler de :

 

- fonctions politique, administrative et juridique, puisque c'est dans la ville que siège le pouvoir politique et judiciaire.

 

- de fonctions commerciale et  financière, puisque c'est dans la cité que marchands et banquiers se livrent à leur commerce.

 

- de fonctions éducative et sanitaire, puisque c'est dans la ville que se développe écoles et hôpitaux.

 

 - de fonctions culturelles et de divertissement, qui vont du musée aux salles de spectacles.

 

II. La ville au Moyen-Age: déclin et renouveau.

 

 

 a°) Les royaumes barbares et le déclin citadin.

 

 

 

La fin de Rome, en 476 après Jésus-Christ ne fut que le point final à une longue agonie et promut ces nomades de barbares par rapport aux sédentaires  romains. L'empire éclata sous l'effet des forces centrifuges et les villes se dépeuplèrent, laissant les ouvrages d'art non entretenus. La logique barbare était plus nomade que sédentaire, et les vagues successives de tribus généraient un grand désordre.

 

Les francs mérovingiens puis carolingiens étaient avant tout des guerriers, et le centre du pouvoir se déplaça des villes vers les châteaux-forts, forteresses militaires gérant des fiefs, matrice de la future féodalité. 

 

Le commerce se déplaça dans les abbayes et monastères bénédictins puis cisterciens, où les moines bâtisseurs, suivant la règle de Saint-Benoît, se servaient du travail manuel comme un labeur rédempteur. C'est le temps des abbayes de Cluny, fondée en 908 ou de Cîteaux, créée en 1098, avec leurs moines qui défrichaient et mettaient en valeur le territoire, devenant de véritables petits entrepreneurs.

 

 

 

b°) La révolution communale et l'essor urbain.

 

 

 

Juste après l'an mil, l'essor démographique et le lent enrichissement va entraîner un essor urbain. Connu sous le nom de "révolution communale". Elle se caractérisa par l'essor de certaines villes au coeur de l'Europe, comme en Champagne, où avaient lieu des foires très actives, lieux d'échanges commerciaux qui enrichissaient une classe de commerçants. 

 

Il n'est d'ailleurs par étonnant que certains ordres religieux, comme les dominicains, loin de s'éloigner des villes, comme le firent les bénédictins et les cisterciens, éloignement qui illustrait la méfiance des chrétiens envers la corruption citadine, reviennent au coeur des villes, en ce XIIIeme siècle, pour prêcher la bonne parole !

 

C'est dans cette ville "nouvelle" que vont s'épanouir des universités médiévales, à Chartres, Paris ou Oxford,  lieu d'enseignement du savoir scientifique où trône la nouvelle figure de l'intellectuel, comme l'a écrit Jacques Le Goff, dans Les intellectuels au Moyen-Age.

 

Dans la péninsule italienne  des cités maritimes comme Gênes ou Venise se font une spécialité du commerce au long cours, en Méditerranée, interfaces entre l'Orient et l'Occident, s'enrichissant de manière exponentielle et agrémentant leurs cités, de superbes édifices, comme le palais des Doges, à Venise, édifié à partir de 1340, jouxtant la piazza San Marco et immortalisé par les peintures d'un Gentile Bellini, qui se fit le témoin privilégié de la magnificence vénitienne.


(Source: Procession, piazza San Marco)

En Allemagne du Nord, autour de la mer Baltique, de nombreuses cités sont créées à la fin du 12eme siècle, comme Lübeck, Rostock et, rapidement, une association de marchands nommée la Hanse,  va se créer entre les différentes cités teutonnes, dès le milieu du 13eme, pour déboucher sur une Ligue des villes hanséatiques très puissante, qui accouchera d'une nouvelle bourgeoisie marchande.


(Source: Le marchand Georg Gisze par Peter Bruegel).

En Flandres aussi, une cité comme Bruges connaîtra un essor sans précédent, avec ses draperies et sera même acceptée, comme Londres, dans la ligue hanséatique. Elle sera investie par les marchands vénitiens, au début du XIVeme siècle, comme les Epoux Arnolfini, immortalisés par Jan Van Eyck, en 1432, témoin, en cette occasion, de l'émergence d'une bourgeoisie marchande dans les cités de la fin du Moyen-Age.


 

 

Cette montée en puissance de cette bourgeoisie urbaine, sera symbolisé par le défi qu'Etienne Marcel, prévôt des marchands de Paris,  lancera au dauphin Charles, le 22 février 1358, signifiant la puissance de la nouvelle classe bourgeoise naissante. Certains y verront les prodromes de la Révolution française !

 

L'image du noble chevalier reclu dans son château laissera sa place au bourgeois, marchand ou banquier, comme le peindra Quentin Metsys, en 1514,


(Le prêteur et sa femme)

 

ui peupleront les villes comme un Jacques Coeur, à Bourges, qui fit construire un palais très en avance sur son temps. 

Les rois de France alors en campagne en Italie, furent fascinés par cet essor de la civilisation urbaine, dans la péninsule, éblouis par les palais florentins des Médicis ou des Ricardi, par le Duomo de Brunelleschi, par le Sfumato de Léonard de Vinci, qui finira sa vie au Clos-Lucé, à Amboise, invité par François Ier. Ces rois de France  toujours aussi nomades, d'ailleurs, allant de châteaux en palais, le long de la Loire, avec le vainqueur de Marignan qui fdddit édifier un immense château renaissance, à Chambord, loin des cités bourgeoises, vieux réflexe nobiliaire attaché à la terre et à la chasse !

Alors que les palais italiens s'inscrivaient dans le tissu urbain, et qu'Alberti redonnait ses lettres de noblesses à l'architecture, dans son Art d'édifier (1450) ,les châteaux français s'en allait toujours à la campagne, signe que les habitudes avaient du mal à changer, dans le royaume de France, et qu'il faudra attendre Henri IV, pour que la royauté se fixa définitivement à Paris.

 

III.La ville aux deux visages.

 

Après la chute de Constantinople, en 1453, le commerce méditerranéen va être interrompu sous la pression des turcs ottomans, affaiblissant les cités italiennes et déplaçant le centre marchand de l'Europe vers les Flandres et la Hollande. La découverte de l'Amérique, en 1492,  ne fera qu'accélérer ce phénomène de translation vers le nord de l'Europe, la commerce méditerranéen étant surpassée par le commerce atlantique.

 

 

a°) La ville, creuset du capitalisme.

 

 C'est dans les Provinces Unies, à Amsterdam puis à Londres, que vont se développer les prémices d'un capitalisme moderne, sous la houlette de puissantes compagnies commerciales, comme la compagnie des Indes Orientales, créée en 1602, et qui fut la première société anonyme de l'histoire. Le port d'Amsterdam connaîtra son âge d'or au XVIIeme siècle, au niveau commercial mais aussi artistique, avec l'école des peintres néerlandais qui sera portée au zénith par Rembrandt et Vermeer. La dynamique urbaine s'inscrit aussi sur les toiles, comme ce Grand marché de Haarlem, de Gerrit Berckheyde, en 1696, qui nous dévoile l'architecture batave.

 


 

 

Amsterdam deviendra, en ce siècle, la capitale du commerce et de la finance mondiale, surpassée un siècle plus tard par la thalassocratie (pouvoir de contrôler les océans) britannique et Londres, ville la plus peuplée du monde, au 19eme siècle.

 

Alors que la civilisation marchande anglo-saxonne s'inscrivait dans le tissu urbain, Louis XIV déplaça le centre du pouvoir à Versailles, en-dehors de Paris, comme si le roi-soleil ne voulait voir ce Paris bourgeois et retrouver l'habitude des Valois qui préféraient les châteaux de la Loire à la capitale !

 

 b°) La ville et les classes dangereuses.

 

 Mais l'essor urbain amena son cortège de problèmes. La ville étouffait dans sa gangue médiévale, enserrée dans ses antiques remparts, et les populations s'entassaient dans des espaces réduits et insalubres.  Au 17eme siècle, les vagabonds, mendiants et autres voleurs trouvaient asile au coeur des cités, dans les cours des miracles, décrites par Ollivier Chereau, en 1630, dans son livre "le jargon, le langage de l'argot déformé" où l'auteur narrait la vie des mendiants qui élisaient le roi des Argotiers, qui mandait à tous les gueux du royaume. Victor Hugo s'inspira de ce livre pour Notre dame de Paris.

 

En 1667, Louis XIV ordonna à Nicolas de La Reynie d'éradiquer ces zones de non-droits dans la capitale. Malgré de nombreuses arrestations qui enverront des milliers de gueux aux galères, marqués au fer rouge, la répression ne pourra endiguer ce fléau social. Il restera de l'action de La Reynie un éclairage public qui illuminait les rues sombres avec des lanternes.

 

C'est en 1840 que fut établi le lien entre les classes laborieuses et les classes dangereuses avec le livre de Frégier, Des classes dangereuses de la population dans les grandes villes.

 

Eugène Sue narra les bas-fonds parisiens dans ses Mystères de Paris, décrivant les ouvriers miséreux comme des "barbares aussi en dehors de la civilisation que les sauvages peuplades si bien peintes par Cooper" et Jack l'Eventreur terrorisa les quartiers populaires de l'East End, à Londres, dont Jack London décrivit la misère, dans Le peuple de l'abîme.

 

 

 

c°) La révolution au coeur des villes.

 

 La révolution française dont Paris avait été le phare, avait démontré que les populations urbaines pouvaient être dangereuses pour les pouvoirs constitués. L'émergence d'une classe ouvrière au coeur des villes, au 19eme siècle,  va générer des révoltes et des mouvements révolutionnaires, comme celui des canuts lyonnais, en 1831, juste après les journées de Juillet 1830 qui avaient emporté, une nouvelle fois, les Bourbons.

 

En 1848, ça sera le Printemps des Peuples qui enflammera les capitales européennes et sera fatal à Louis-Philippe, mais c'est surtout la Commune de Paris, en 1871.

 

Le percement de grands boulevards, sous le 2nd Empire, répond aussi à des exigences de sécurité publique, permettant aux forces de police voire à l'armée d'intervenir plus aisément dans les centres-villes.

 

 

 

d°) Croissance urbaine et ségrégation sociale.

 

 

 

L'apparition des transports en commun comme le train et l'exode rural vont générer une croissance urbaine inconnue jusqu'alors. Les villes vont se dilater vers les campagnes proches, sortant de leurs forteresses médiévales. Les banlieues vont naître, espace syncrétique, mi-ville, mi-campagne, n'ayant aucun des atouts des deux espaces. Cités dortoirs, pour la plupart, elles vont surtout accentuer la ségrégation sociale et la spécialisation de l'espace dans les villes. La cité médiévale, engoncée dans ses remparts, mélangeait les classes sociales et les activités économiques. La dilatation de l'espace urbain va ventiler les populations selon un critère financier et va se traduire par l'émergence de quartiers spécifiquement ouvriers, comme dans la ceinture parisienne et de quartiers aisés. 

 

L'activité industrielle, vecteur de pollution et de nuisances, va se déplacer vers la banlieue, laissant au centre des villes les activités de commerce et financière participant à la tertiarisation des centres-villes. 

 

  e°) Vers la ville lumière.

 

 L'afflux de population  vers les villes va obliger à une modification de l'espace urbain. Privilégiant les flux par rapport aux structures, voulant irriguer la ville par des grandes voies de communication, le Baron Haussmann va, sous le 2nd Empire, transformer Paris, en perçant des boulevards, ponctués par de vastes places, dont celle de l'Etoile. Mais à ce fonctionnalisme communicatif, va se conjuguer une approche esthétique non négligeable. A l'harmonisation des styles architecturaux, ce constructeur de Baron va parsemer la capitale d'ouvrages monumentaux comme l'Opéra Garnier et de nombreuses églises qui vont embellir la ville, faisant de l'espace urbain un musée à ciel ouvert. Il faut dire que l'idée de patrimoine faisait son chemin sous l'action de Viollet Le duc, qui restaurera les édifices médiévaux, comme Notre-Dame-de-Paris. Le renouveau religieux aura aussi ses représentants, à Montmartre, avec le Sacré-Coeur,

 

à Lyon, avec Notre Dame de Fourvières ou encore à Marseille, avec la Basilique Notre-Dame-de-la-Garde, future bonne-mère, protectrice des marseillais.

 


 

La Tour Eiffel, érigée en 1889, sera le point ultime de cette évolution vers la ville-musée et la verticalité, honorant le progrès exposé à l'Exposition universelle.

 La ville se transformait aussi sous l'action de nouvelles infrastructures, comme les gares (la gare de Lyon), ou des salles de spectacle, comme l'Olympia, à Paris, en 1893 ou l'Alcazar à Marseille, sans compter  la création de nouveaux magasins comme  Le Bon Marché, "cathédrale de commerce pour un peuple de clients"comme l'écrivait Emile Zola dans "Au bonheur des Dames", symbole de cette société de consommation en train de naître. 

Des espaces verts firennt aussi leur apparition, avec la constitution des grands parcs, comme le Bois de Boulogne à Paris (1852), Central Park à New-Tork (1857), qui répondent aux besoins de verdure des habitants.

L'éclairage public au gaz puis à l'électricité fait son apparition, en 1878 à Paris, faisant passer, littéralement, les villes de l'ombre à la lumière !

 

Conclusion:

 

Apparues en même temps que l'agriculture, en -3000 avant Jésus-Christ, elles furent intimement liées à l'activité économique  et au pouvoir politique, dès son origine. Chez les grecs et les romains, les termes "polis" et "civitas" étaient géographiques mais aussi politiques, puisque ils confondaient cité et citoyenneté. L'espace urbain sera donc le lieu privilégié de l'activité politique et sera le creuset du capitalisme naissant, à la fin du Moyen-Age, vecteur d'un décollage économique qui fera la suprématie de l'Occident. Au 19eme siècle, la croissance urbaine possible, grâce au progrès technique, va faire sortir la ville de son corset médiéval et va créer de nouvelles entités urbaines, les banlieues, modifiant les manières de vivre des citadins. Si la cité sera de nouveau, le lieu privilégié des arts et du progrès, avec ses Expositions Universelles et ses nouvelles verticalités, la ville nouvelle, de plus en plus dilatée, sera aussi l'espace de nouvelles ségrégations sociales, qui annonceront des lendemains qui déchantent.

 

Un QUIZZ sur la ville.


26/06/2013
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Le sénat est-il utile ?

Il est de bon ton, en ces temps d'austérité budgétaire de stigmatiser quelques institutions de la République, comme le Conseil Economique et Social ou le Sénat, jugés être peu utiles et dispendieux. Le livre d'Ivan Stefanovitch et de Robert Colonna d'Istria sur Le Sénat, enquête sur les super-privilégiés de la République, est assez féroce sur le rapport qualité/prix de l'institution sénatoriale qui mène grand train pour une efficacité incertaine ! Lionel Jospin, alors premier ministre, avait même taxé l'institution d'anomalie démocratique, en 1998 !

En tant de crise, ce discours anti-élite devient récurrent. Il n'en reste pas moins, que les sénateurs jouent un rôle majeur dans la Veme République, puisqu'en tant que membre du Parlement, comme il est défini dans l'article 24 de la Constitution, ils sont dépositaires, avec les députés siégeant à l'Assemblée Nationale, du pouvoir législatif, de voter et d'initier des propositions de lois. Certes, il souffre d'un déficit de légitimité par rapport à son alter-ego du Palais Bourbon, puisqu'il n'est élu qu'au suffrage universel indirect, mais il représente les collectivités territoriales, ce qui fait de lui un acteur majeur de notre République.

Nous allons, dans un premier temps, étudier les origines du Sénat et, plus généralement, du bicamérisme, qui a marqué la plupart des constitutions françaises depuis la Révolution française. Puis, nous étudierons les pouvoirs de l'institution sénatoriale, sous la Veme République. Enfin, nous nous attacherons à analyser les mutations qui ont modifié le vénérable cénacle depuis 1958.

 

I. Le bicamérisme, ou de la limitation des pouvoirs.

 

a°) Une tradition anglaise.

 

La Veme République a institué un système politique bicamériste, avec deux chambres, l'Assemblée Nationale et le Sénat, qui constituent le Parlement. Ce système s'inspirait de la pratique politique anglaise.

En effet, dès le 14ème siècle, en pleine guerre de Cent ans, Edouard III, alors roi d'Angleterre, divisa le Grand Conseil en deux chambres, celle des Communes et celle des Lords. Les révolutions de 1640 et de 1688 excluèrent le roi anglais du pouvoir législatif, conformément au Bill of Rights qui définira, en 1689, les nouveaux principes guidant la monarchie britannique. Le pouvoir législatif sera alors exclusivement du ressort des deux Chambres.

 

 

 

 

b°) Montesquieu ou la théorie du bicamérisme.

 

 

 

En France, c'est Montesquieu qui, dans son Esprit des Lois (1748), théorisa les vertus du bicamérisme. Pour le bordelais, les deux chambres britanniques maintenaient un subtil équilibre des pouvoirs, évitant de possibles dérives autoritaires, puisque les deux assemblées, incarnant des intérêts différents, l'une, la bourgeoisie, l'autre la noblesse,  se neutralisaient. Bref, pour lutter contre le pouvoir, multiplions-les !

 

La future Constitution américaine s'inspirera des principes du français, en optant pour le bicamérisme, avec la Chambre des représentants et un Sénat.

 

 

 

c°) Le bicamérisme français, fruit des dérives de la Terreur révolutionnaire.

 

 

 

En France, c'est la Constitution du 5 Fructidor an III (1795), instituant le Directoire, qui introduisit le bicamérisme, avec un Conseil des 500 et un Conseil des Anciens, partageant le pouvoir législatif. Le rapporteur du projet constitutionnel, Boissy d'Anglas déclara:

 

"Il faut opposer une digue puissante à l'impétuosité du corps législatif. Cette digue, c'est la division en deux assemblées".

 

 

 

Les anciens conventionnels reprirent donc le principe de Montesquieu, et virent dans le bicamérisme un moyen de limiter le pouvoir législatif. Il faut dire que la France sortait juste de la Terreur révolutionnaire, imposée par une Convention dominée par Robespierre et Saint-Just, qui avait bien illustré que le pouvoir concentré dans une seule assemblée, pouvait s'avérer dangereux en ces temps incertains. 

 

Effrayés par les dérives terroristes de cette feu Assemblée Constituante, élue au suffrage universel masculin, en 1792, les anciens conventionnels modérés allaient faire de la chambre haute, le Conseil des anciens, ancêtre du Sénat, le pivot du Directoire, puisque cette chambre composée de 250 représentants de plus de 40 ans, pouvait rejeter les lois votées par le Conseil des 500 et nommer les 5 directeurs qui exerçaient le pouvoir exécutif.

 

Dans les autres régimes politiques que connaîtra la France, par la suite, une chambre haute sera la norme avec des appellations différentes, Tribunat durant l'Empire, chambre des pairs, sous la Restauration et la Monarchie de Juillet, Sénat sous la IIIeme et Veme République, Conseil de la République durant la IVeme  République. Seule la 2nde République entre 1848 et 1951, retournera au monocamérisme jusqu'au coup d'Etat de Louis Napoléon Bonaparte, en 1851,

qui rétablira les deux chambres.

 

 La Veme République rétablira un Sénat avec un pouvoir législatif, alors que sous la IVeme, la chambre haute, nommée Conseil de la République, n'avait qu'un pouvoir consultatif.

 

 

 

II.Le Sénat, acteur majeur de la Veme République.

 

 

 

a°) Le Sénat représente les collectivités territoriales.

 

 

 

Alors que l'Assemblée Nationale est élu au suffrage universel direct, le Sénat, représente les collectivités territoriales, selon l'article 24, il est élu au suffrage universel indirect. L'institution sénatoriale a donc un déficit de légitimité par rapport à son homologue du Palais Bourbon, puisque son électorat se compose de grands électeurs qui font partie:

 

- des communes.

 

- des départements.

 

- des régions, depuis 1986, date des premières élections régionales.

 

- des collectivités à statut particulier.

 

- des collectivités outre-mer.

 

 

 

Sur ces 150 000 conseillers des collectivités territoriales, 142 000 sont des conseillers municipaux, soit 95 % du corps électoral. Or, comme la France a 36000 communes, le Sénat est souvent perçu comme le représentant de la France rurale, plutôt conservatrice. D'ailleurs de 1958 à 2011, le sage aréopage a toujours eu une majorité de droite. Il aura fallu attendre octobre 2011, pour voir le premier président du Sénat de gauche, en la personne de Jean-Pierre Bel.

 


 

 

Le sénat  obéit donc à une logique élitiste qui est dans la conception, historique, d'une chambre haute, sensée, par son conservatisme, compenser l'ardeur législative de l'Assemblée Nationale.

 

 

 

b°) Il vote et propose les lois.

 

 

 

Selon l'article 24 de la Constitution, le Sénat et l'Assemblée Nationale forme le Parlement, qui vote la loi et contrôle l'action du gouvernement. L'institution sénatoriale est donc dépositaire, avec son alter-ego du Palais Bourbon, du pouvoir législatif. Il peut amender les textes législatifs (article 44).

 

La double lecture des textes de loi, par les deux assemlées,  améliore grandement la qualité de ces derniers.

 

L'article 39, dispose que le Sénat, comme le gouvernement et l'Assemblée Nationale, a une initiative législative puisqu'il peut déposer des propositions de lois.

 

 

 

c°) Le Sénat et les révisions constitutionnelles.

 

 

 

Le Parlement peut être à l'initiative d'une révision de la Constitution (article 89) avec une proposition de révision. Lorsque les deux assemblées se mettent d'accord sur le texte identique, il est soumis au référendum.

 

Les sénateurs peuvent aussi saisir le Conseil Constitutionnel, si ils sont 60, pour juger de la constitutionnalité d'une loi ou d'un traité international (article 61).

 

Pour un projet de révision constitutionnelle, venant du gouvernement , sur décision du Président, le Parlement peut-être réuni en Congrès. Si les 3/5 des parlementaires votent pour le texte, le projet est adopté sans passer sous les fourches caudines des français, par le biais d'un référendum.

 

Après le rejet du Traité Constitutionnel Européen ou TCE en 2005 par référendum, le président Nicolas Sarkozy, devant l'euroscepticisme des français, n'a pas voulu prendre le moindre de risque, et a fait valider le Traité de Lisbonne, ersatz du TCE, modifiant le fonctionnement institutionnel de l'Union Européenne, par le Parlement  réuni en Congrès, en 2008.

 

Les partisans du non au TCE (extrême-gauche et extrême-droite) ont crié au scandale et au déni de démocratie, accusant le gouvernement d'ignorer le vote des français, en 2005, pour faire passer un texte très proche, par la voie parlementaire.

 

 

 

d°) Le Parlement et la guerre.

 

 

 

Le Parlement autorise une déclaration de guerre (article 35) et l'état de siège, décidé par le gouvernement, doit être prorogé, au bout de 12 jours, par un vote des deux assemblées (article 36).

 

 

 

e°) Le président du Sénat, 3eme personnage de l'Etat.

 

 

 

Dans l'ordre protocolaire, le Président du Sénat est le 3eme personnage de l'Etat, derrière le Président de la République et le Premier Ministre, mais devant le Président de l'Assemblée Nationale. 

 

Selon l'article 7 de la Constitution, il fait fonction de Président de la République par intérim, en cas de vacance de la présidence.

 

Cette situation est arrivée deux fois, dans l'histoire de la Veme République, puisque le président du Sénat de l'époque, Alain Pohera assuré la fonction suprême par intérim,  lors de la démission du général de Gaulle, en 1969 et lors de la mort du Président Georges Pompidou, en 1974.

 

Le Président du Sénat doit être consulté par le Président de la République lorsque ce dernier veut dissoudre l'Assemblée Nationale ou imposer des pouvoirs exceptionnels, comme l'autorise l'article 16.

 

Il désigne 3 membres sur 9 du Conseil Constitutionnel (article 56), deux des six personnalités qualifiées pour le Conseil National de la Magistrature (article 65), et il participe à la nomination de personnalités pour d'autres Conseils moins importants.

 

 

 

f°) La prééminence de l'Assemblée Nationale sur le Sénat.

 

 

 

L'Assemblée Nationale étant élue au suffrage universel direct, elle dispose donc d'une légitimité politique plus importante que le Sénat, seulement élu au suffrage universel indirect, par un collège de 150 000 élus des collectivités territoriales.

 

Aussi, même si les deux chambres font partie du Parlement et disposent du pouvoir législatif, c'est l'Assemblée Nationale qui, en cas de litige avec le Sénat, concernant un texte de loi, aura, en dernier ressort, le pouvoir de trancher comme dispose l'article 45.

 

De plus, le Sénat n'a aucun pouvoir sur l'exécutif gouvernemental, alors que l'Assemblée Nationale, par le biais de l'article 49, qui permet aux députés de déposer une motion de censure contre la politique du gouvernement. Si celle-ci est acceptée par l'Assemblée, le gouvernement doit présenter sa démission au Président de la République (article 50).

 

Jean-Pierre Dubois parle de "bicaméralisme inégalitaire", à propose du système français.

 

 

 

III. Le Sénat, une institution qui s'adapte ?

 

 

 

(A lire un très bon article de L'Humanité, sur ce sujet)

 

 

 

a°) L'échec du projet gaulliste de réforme du Sénat.

 

 

 

En 1969, le général de Gaulle, exaspéré par des sénateurs qui lui étaient hostiles, édita un projet de réforme de l'institution. Il voulait fondre le Sénat avec le Conseil Economique et Social (et environnemental depuis la réforme de 2008) et dépouiller l'auguste assemblée de son pouvoir législatif, pour en faire un organe consultatif sans pouvoir.

 

Le général demanda l'avis des français par le biais d'un référendum et menaça de quitter le pouvoir, en cas d'échec.

 

Avec 52,41 % de Non, les français refusèrent la réforme du Sénat et la régionalisation lors du référendum du 27 avril 1969, démontrant la résistance des représentants des collectivités territoriales à la volonté présidentielle. Humilié, De Gaulle quittera le pouvoir et mourra l'année suivante.

 

 

 

 

 

b°) France urbaine contre France rurale.

 

 

 

Pour Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel, le Sénat qui se veut représentatif des collectivités territoriales, représente surtout les communes rurales, puis sur 150 000 grands électeurs, 142 000 sont des conseillers municipaux, siégeant au conseil municipal de 36 000 communes, dont la grande majorité sont des villages ruraux où ne vit qu'un quart de la population. Cette surreprésentation des petites communes au détriment des collectivités départementales et régionales qui structurent l'espace économique, culturel  et social de la France est donc un déni de démocratie ! Il faudrait donc réformer le mode d'élection des sénateurs, pour que ces derniers représentent, de manière équilibrée, la France des différents territoires.

 

 

 

c°) Une  institution dont l'accès se démocratise.

 

 

 

Pendant longtemps, le Sénat était perçu comme un cénacle de gérontes qui finissaient leur carrière politique dans la vénérable assemblée. Or, depuis 2004, l'âge pour être éligible au Sénat est passé de 35 ans à 30 ans et à 24 ans, depuis 2011. Cette tentative pour rajeunir l'institution est louable, puisqu'en 2011, les sénateurs de moins de 41 ans représentaient 0,3 % de l'ensemble, soit un sénateur,  et la moyenne d'âge restant à 65 ans.

 

De plus, lors de la réforme de 2004, la durée du mandat de sénateur est passée de 9 à 6 ans.

 

Ces deux mesures ont été faites pour apporter du sang neuf à l'institution sénatoriale qui avait tendance à crouler sous les âges canoniques de ses sociétaires.

 

 

 

d°) Des collectivités territoriales qui évoluent.

 

 

 

Le président Nicolas Sarkozy, en 2010, avait engagé une réforme profonde des collectivités territoriales, visant à simplifier l'organisation territoriale du pays, autour de deux pôles, région/département et intercommunalité/commune. Une nouvelle catégorie d'élu local sera élu, le conseiller territorial, siégeant au conseil général et au conseil régional, à partir de 2014.

 

Cette réforme de l'organisation territoriale pourrait avoir des conséquences, souhaitables, sur la nécessaire adaptation du collège électoral élisant les sénateurs, pour une meilleure représentation des collectivités territoriales.

 

Mais cette réforme peut être remise en cause par le nouveau gouvernement de gauche, qui, majoritaire dans les conseils généraux et régionaux, ne souhaite peut-être pas remettre en cause cet avantage politique.

 

 

 

Conclusion:

 

 

 

Le Sénat est-il utile ? Oui, sans aucun doute ! La chambre haute est un élément de modération politique qui peut éviter quelques dérives politiques, que nous n'avons pas connu depuis longtemps, d'où, le sentiment de son inutilité. Il procède d'une réflexion historique sur la nature du pouvoir, qu'avait théorisée Montesquieu, et qui partait du principe que pour contrôler le pouvoir, il faut le multiplier ! L'épisode de la Terreur révolutionnaire issu de la Convention, ne fit que renforcer l'analyse du bordelais et les élites se méfieront désormais d'une assemblée unique, élu au suffrage universel (masculin pour la Convention) direct. La création d'une chambre haute fut alors un pendant oligarchique à la démocratique chambre basse, l'une modérant l'autre, partant du principe que les "grands électeurs" avaient une conscience plus éclairée de l'intérêt public que le bas peuple, souvent emporté par ses passions et séduit par des démagogues.

 

Il n'en reste pas moins que cette vénérable institution, siégeant au Palais du Luxembourg, doit se rénover pour mieux représenter les collectivités territoriales, ce qui n'est pas le cas aujourd'hui, puisque 95 % de ses grands électeurs sont des conseillers municipaux, presque tous issus de petites communes rurales, ce qui fait que le Sénat incarne encore une France rurale qui ne concentre que le quart de la population française.

 

 

 

Un petit QUIZZ sur le Sénat.

 

 

 


26/06/2013
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