REVISER L\'HISTOIRE-GEOGRAPHIE ET L\'ECJS.

REVISER L\'HISTOIRE-GEOGRAPHIE ET L\'ECJS.

HISTOIRE DES IDEES POLITIQUES.


ROUSSEAU DU CONTRAT SOCIAL AU TOTALITARISME.

 

Jean-Jacques Rousseau a fortement influencé les Lumières et les révolutionnaires de la Révolution Française à aujourd'hui. Il commença à s'intéresser à la politique lors d'un séjour à Venise, comme secrétaire de l'ambassadeur de France, en 1743-1744. Il a alors l'occasion d'étudier les institutions millénaire de la Sérénissime. Sa réflexion se précise dans Le discours sur l'origine et les fondement de l'inégalité parmi les hommes (1755) où il émet l'hypothèse qu'à l'état de nature, les hommes sont libres et égaux, et que c'est la "culture" qui va les pervertir, et notamment la propriété, qui va générer inégalité et corruption des âmes.

Pour résoudre ce dilemme, il faut trouver une juste organisation politique qu'il exposa dans Le contrat social, 5 ans plus tard. Pour le genevois, c'est la soumission des individus à la souveraineté populaire qui est la clé de la future construction politique. L'intérêt général prime sur les intérêts individuels et les citoyens doivent se soumettre à la volonté générale. La liberté n'est pas de faire ce que l'on veut, en suivant son bon plaisir, mais se soumettre à la loi, faisant de l'homme un citoyen. Jusque-là, tout va bien, mais dans le chapitre V du livre, intitulé "Du droit de vie et de mort", Rousseau écrit que les contractants du pacte doivent accepter d'être condamné à mort si leur action menace la sécurité de la collectivité. Une idée que certains révolutionnaires reprendront bien volontiers à leur compte !  

Le corollaire de ce nouveau système politique est la bonne éducation pour transformer les hommes en citoyens responsables, Rousseau y pourvoira dans L'Emile ou de l'éducation où il exposa son idéal éducatif qui se rapprochait de l'idéal spartiate ! L'homme nouveau devra être humble, travailleur, courageux, détestant l'argent et le commerce, fuir les villes pour la campagne et préférera la travail manuel aux spéculations intellectuelles.

Mais pour Michel Onfray, dans son livre Décadence (Flammarion, 3017) ce n'est pas vraiment le Contrat social ou L'Emile qui posent problème, c'est plutôt les idées de Rousseau exposées dans le Discours sur les sciences et les arts (1750). Curieusement, cet esprit éclairé se montre assez obscurantiste, stigmatisant les sciences et les arts comme corrompant les moeurs, éloignant les hommes de la vertu et des qualités guerrières ! Il est nostalgique d'un âge d'or primitif où les hommes étaient sains, travailleurs, ignorants et simples, dans le bon sens du terme ! Si Voltaire admirait Athènes, Rousseau vante les mérites de Sparte, cité idéale où les vertus guerrières étaient la norme , où l'individu n'était rien et la collectivité tout, même si Sparte fut certainement le premier régime totalitaire de l'histoire universelle !
Pour Onfray, Rousseau est donc un précurseur des régimes totalitaires qui ont ensanglanté les 2 siècles suivants !

 



05/02/2017
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EUSEBE DE CESAREE, UN INTELLECTUEL AU SERVICE DU POUVOIR.

 

Dans Décadence (Flammarion, 2017), Michel Onfray décrit Eusèbe de Césarée ( comme le figure de l'intellectuel au service du pouvoir. Elève d'Origène, il fut le conseiller de l'empereur Constantin qui se convertit au christianisme, après sa victoire du Pont Milvius, contre Maxence, le 28 octobre 312. Un an après, l'empereur Constantin publia l'Edit de Milan, qui légalisait le culte chrétien, auparavant réprimé et qui devint, par la suite, religion d'Etat. Eusèbe de Césarée (265-339) se fit le propagandiste de la mission divine de Constantin, et revendiquait la pratique de l'histoire "orientée", pour prouver la supériorité du christianisme sur le paganisme ! Un historien idéologue qui inaugurait la fonction de l'intellectuel au service du pouvoir, abandonnant toute posture critique, contre les pouvoirs institués, qui est souvent la marque des clercs. La trahison des clercs écrit par Julien Benda, en 1927, stigmatisant ces intellectuels qui se mirent au service de certaines idéologies, ne datent pas d'hier !


04/02/2017
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TRUMP ET LE POPULISME AMERICAIN.

 

 

 Une synthèse d'un article paru dans L'Histoire n°429, novembre 2016, intitulé, "Donald Trump, le dernier né du populisme américain" de Pap Ndiaye, pp.12-19.

I. Les ligues agrariennes et le Parti du Peuple au 19eme siècle.

Le populisme aux Etats-Unis né plutôt à gauche. En effet, dans la deuxième moitié du 19eme siècle, les agriculteurs du Middle West et du Sud, se plaignaient des prix agricoles trop bas et des places de chemin de fer trop chères. Entre 1870 et 1880, apparaissaient des ligues agrariennes (Farmer's Alliances), groupements de fermiers qui militent pour la nationalisation des chemins de fer, la hausse des prix agricoles et la réforme des institutions.

Ce mouvement agrarien donna naissance, en 1891, au Parti du Peuple (People's Party) qui stigmatisait les trusts de l'argent et du  chemin de fer, tout en filant la métaphore antisémite et anti-élite. Ce mouvement surfait sur la nostalgie de l'Amérique jefferssonienne, celle des petits producteurs, préservée de la ploutocratie washingtonienne et newyorkaise, des immigrants et des grandes villes, une version sécularisé du "paradis perdu". En 1896, pour les élections présidentielles, le People's Party s'allia au Parti Démocrate, pour les élections présidentielles, qu'incarnait William Jennings Bryan,  mais cette alliance fut un échec et acta la fin du premier populisme américain.

II.Le populisme d'entre-deux-guerres du démocrate Huey Pierce Long.

Né en 1893 en Louisiane, avocat démocrate défendant les sans-grades contre les trusts, Huey Pierce Long fut élu gouverneur de Louisiane en 1928, puis sénateur de cet Etat au Congrès, de 1932 à 1935.


Soutien de Roosevelt pour la présidentielle de 1932, il s'en détacha progressivement, l'accusant de s'acoquiner avec les forces de l'argent et devint son concurrent en créant, Share our Wealth (=Partage de la richesse), un mouvement qui prônait des politiques sociales et une fiscalité lourde sur les gens fortunés. Son mouvement connut un succès foudroyant, et Long comptait se présentait à la présidentielle de 1936, mais il fut assassiné en 1935 ! Si il s'en prenait au mur de l'argent, Long ne voulait pas remettre en cause le système capitaliste, ce qui le distinguait des socialistes.

Sinclair Lewis, dans un roman de 1935, "Cela ne peut arriver ici", narrait l'action d'un sénateur américain, élu président, qui mettait en place aux USA, un régime fasciste. L'allusion au sénateur de Louisiane était claire.

III. Le populisme fascisant du Père Coughlin.

Prêtre catholique, le père Coughlin, fasciné par les régimes fasciste et nazi, eut un énorme succès radiophonique dans les années 30, s'attaquant au socialisme et au capitalisme et soutenant Huey Long. Son pro-nazisme lui fut fatal, durant la seconde guerre mondiale, le marginalisant sur la scène politique américaine.

IV. Le populisme du sénateur McCarthy.

C'est lors d'un discours à Wheeling, le 9 février 1950, où il dénonçait l'influence communiste à Washington, que le sénateur Joseph McCarthy devint célèbre. Subversion communiste, décadence homosexuelle, gangrène des élites, le terrible sénateur fit trembler le tout Washington. Le populisme de Donald Trump s'inscrit dans filiation, mais il a remplacé les communistes par les latinos et les islamistes ! Il est assez savoureux de constater, qu'un ancien conseiller de McCarthy, Roy Cohn, fut aussi l'avocat de Trump dans les années 70 !!

V. Le populisme et le discours paranoïaque.

Dès 1965, Richard Hofstadter dans son ouvrage "Le style paranoïaque.Théorie du complot et droite en Amérique,


mettait en valeur la dynamique du discours populiste, désignant un ennemi (communiste, islamiste, latinos, etc ...) qui mettait en péril l'Amérique, face à des élites impotentes, trop cupides et corrompues pour s'opposer à cette menace mortelle. Le leader populiste incarnait alors l'homme providentiel, représentant le peuple face à cette oligarchie washingtonienne, soumise au force de l'argent, qui allait occire l'ennemi intérieur pour rétablir la paix civile et la prospérité ! Le recours à la métaphore complotiste est alors omniprésente, les élites banquière, politique et étatique, conspirant pour maintenir leur pouvoir omnipotent oppressant le bon peuple !


14/11/2016
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NAZISME ET COMMUNISME, LES TOTALITARISMES DU 20eme SIECLE.

 

Marcel Mauss, Elie Halévy, dans son Ere des tyrannies, Hannah Arendt ou François Furet, dans son Passé d'une illusion avaient souligné les convergences entre les deux régimes totalitaires. 

 

I.Une gémellité formelle.

 

Au niveau de l'organisation des deux états, nazi et soviétique, nous pouvons en effet relever de nombreux points communs :

- leader tout-puissant et culte de la personnalité.

- parti unique (NSDAP, PCUS).

- police politique (Gestapo, NKVD).

- criminalisation des opposants. (Juifs et étrangers d'un côté, bourgeois et capitaliste, koulak de l'autre).

- camp de concentration ou Goulag.

- contrôle et censure des médias. Art officiel et art dégénéré. Science aryenne et science prolétarienne. Propagande de masse.

- organisation pour enrégimenter la jeunesse (Jeunesse hitlérienne, Komsomol).

- manifestation de masse.

 

Les points communs sont innombrables sur le fonctionnement des 2 régimes totalitaires. Le point le plus commun, reste la désignation d'ennemis réels ou imaginaires pour justifier l'existence d'un régime policier répressif pérenne, comme l'avait bien compris George Orwell dans son 1984.

On peut remarquer, que le dynamique idéologique des deux systèmes politiques est la même, et s'axe sur une régulière mobilisation des masses pour démontrer la puissance des 2 régimes, qui concourt à l'esthétisation de la politique.

 

II.Divergences et convergences des messages.

 

1°) Les divergences.

 

Au niveau philosophique, le communisme s'appuie sur les écrits de Karl Marx, il est matérialiste, c'est à dire qu'il analyse l'histoire et la société au travers du prisme des modes de production et de la lutte des classes. La culture, le droit, les institutions politiques, ne sont que le reflet des rapports de production économique et sont destinés à asseoir la suprématie de la classe bourgeoise sur les prolétaires.

Le discours communiste est universaliste puisqu'il veut libérer les travailleurs de la tutelle de la bourgeoisie, sans tenir compte de la race ou de la nationalité du prolétaire, son slogan est "Prolétaires de tous les pays, unissez-vous", 


Tout au contraire, le nazisme a un discours raciste et particulariste, qui n'a aucune portée universelle. Identitaire, exclusif, il veut démontrer la supériorité de la race aryenne sur les autres peuples qu'il compte réduire en esclavage. 

La visée du communisme est donc la libération de l'humanité de la malédiction du profit alors que le nazisme ne veut que le succès de la germanité.

 

2°) Les convergences.

Il n'en reste pas moins que nazisme et communisme ont quelques "intersections" qui peuvent les rapprocher. Les deux détestent le libéralisme économique et politique, rejettent le parlementarisme bourgeois, et ont une haine des "réformistes" des deux bords, considérés comme des traîtres qui passent des compromis avec le système pour le pérenniser.

Ils stigmatisent la morale individualiste, l'hédonisme jouisseur, et considèrent que l'individu n'existe pas, qu'il doit se fondre dans la communauté raciale pour les uns, dans la classe prolétarienne pour les autres. Les hommes ne sont que des briques pour fonder la maison commune et il est donc légitime de sacrifier des vies humaines pour sauver le Tout.

Il y a aussi  des deux côtés un mythe de la "table rase", d'en finir avec le passé, par la violence, au nom de "la fin, justifie les moyens", pour créer le monde de demain.

Il y a surtout une capacité de haine du militant qui m'a toujours stupéfait, du SS aux tueurs du NKVD, jusqu'aux bourreaux de Pol Pot. La haine de l'ennemi réel ou fantasmé, du koulak affameur du peuple aux juifs cupides et traîtres, du bourgeois voleur à l'intellectuel dégénéré, figures variables de l'ennemi à traquer, à torturer, à éliminer, pour purifier le corps social. Des parasites, des poux, des insectes à éliminer, qualifications animalières utilisées par nazis et bolcheviks pour éradiquer leurs ennemis de race ou de classe.

C'est Rudolf Hoess qui organisa l'industrie de la mort à Birkenau, Iejov puis Beria qui envoyèrent des centaines de milliers de communistes à la mort ou Douch, le bourreau attitré de Pol Pot, qui tortura et tua à la chaîne.

Violence régénératrice qui détruisait les anciennes sociétés pour forger la nouvelle, pour créer l'homme nouveau, l'homo sovieticus ou l'aryen blond aux yeux bleus, débarrassés des oripeaux du judéo-christianisme, des anciennes solidarités pour se vouer au culte du nouveau régime.

 


 

3°) Des religions séculières.

 

On peut constater que tous les régimes totalitaires du 20eme siècle, fonctionnaient comme des religions séculières, le besoin de transcendance désertant les Eglises pour se vouer à ces nouveaux cultes païens.

Nazis et communistes avaient des grands leaders infaillibles, comme le pape, considéré comme infaillible depuis le concile Vatican I, sacrés comme des prophètes, puisque Lénine a même été embaumé, des livres saints, Mein Kampf pour les nazis, L'ABC de léninisme pour les soviétiques, des dogmes, un clergé, et des fins dernières, le paradis communiste en URSS ou la communauté aryenne pure pour les nazis. 

 

Conclusion :

 

Finalement si les deux grands totalitarismes ont beaucoup de points communs, on ne peut réduire l'un à l'autre, car, d'un côté, nous avons des millions d'hommes qui ont cru, de bonne foi, libérer l'humanité "des chaînes du profit capitaliste", et qui ont été trompés par des dirigeants souvent fous à lier, de l'autre, nous avons des militants nazis qui ont suivi un bréviaire de la violence et de la haine affirmée, en toute connaissance de cause.


29/03/2015
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L'ANTIAMERICANISME, UNE PASSION FRANCAISE.

Source: L'ennemi américain, de Philippe Roger, Seuil, 2002

 


 

Depuis la chute de l'URSS, en 1991, les Etats-Unis d'Amérique, seule hyper-puissance, cristallisent les reproches du monde entier, accusés de tous les maux, de provoquer des guerres, en Afghanistan et en Irak, de financiariser l'économie mondiale et d'avoir provoqué la crise des subprimes, d'exporter son mode de vie consumériste dont Coca et McDo sont les étendards, de détruire la planète en ne signant pas le protocole de Kyoto, bref, d'être derrière tous les maux de notre planète. La France n'échappe pas à cette vague d'antiaméricanisme dont la généalogie remonte après la révolution française. En m'appuyant sur le livre de Philippe Roger, L'ennemi américain, Editions du Seuil, 2002, nous allons analyser les origines et la réalité de cet antiaméricanisme hexagonal.

 

I.L'Antiaméricanisme au 19eme siècle, de Talleyrand à Baudelaire.

 

1°) L'Amérique française.

Le Nouveau-Monde si il fut avant tout colonisé par les anglo-saxons fut aussi une terre française, appelée Nouvelle-France, au 18eme siècle. Si le malouin Jacques Cartier découvrit Québec, en 1534, ouvrant le pays à la colonisation française, c'est surtout Robert Cavelier de la Salle qui explora un territoire immense, en 1682, des Grancs Lacs, au nord, jusqu'au Golfe du Mexique, via le Mississippi.

C'est le Traité de Paris qui mit fin à la guerre de 7 ans, en 1763, boutant la France hors de l'hinterland américain au profit de la Grande-Bretagne.

La France se vengera de ce catastrophique traité, en aidant les insurgés américains contre la métropole anglaise, à partir de 1776, oeuvrant à l'indépendance des Etats-Unis, pour contrarier la  Grande-Bretagne honnie.

 

2°) L'Amérique, terre anglophile, terre de sauvages.

 

Talleyrand, le futur ministre de Napoléon, en exil aux Etats-Unis durant la révolution française trouvait comme le savant Volney, auteur d'un Tableau du climat et du sol des Etats-Unis d'Amérique (1803), que malgré la fraternité d'armes, les américains étaient encore bien anglophiles et très francophobes.

L'évêque, assez peu catholique, d'Autun, s'étonnait de ce pays au "32 religions et un seul plat", le rosbeef aux pommes de terre, qui contraria tous les voyageurs français dans ce vaste pays.

Le paysan américain, loin d'être proche d'une Nature idéale, lui fait plutôt penser à des brutes épaisses, impression qu'alimentera le contre-révolutionnaire Joseph de Maistre, qui vit dans l'Amérique du Nord un pays de sauvages.

 

3°) Egalitarisme, cupidité, tyrannie de l'opinion.

 

a°) Joseph de Maistre et l'antirousseauisme.

Pour le contre-révolutionnaire exilé en Russie, en cette fin du 18eme siècle, les Etats-Unis, terre protestante et constitutionnelle, ne pouvait qu'être honnie. Le catholique de Maistre, anti-républicain féroce, ne pouvait souffrir qu'un régime politique tira sa légitimité d'un contrat social, la constitution américaine, et non d'un pouvoir divin. Pour lui, cette sauvagerie américaine la met hors de la civilisation.

Cette Amérique de sauvage fut repris par Edmond de Mandat-Grancey, dans les années 1880, dans "En visite chez l'Oncle Sam", où l'abolition de l'esclavage des Noirs lui apparaît comme une abomination.

 

b°) Stendhal ou la vulgarité américaine.

 

En 1832, Frances Trollope, une anglaise qui s'était exilé 5 ans aux USA, narra son aventure américaine dans Domestic manners of the americans où elle stigmatisait l'égalitarisme débilitant des américains, les parvenus incultes, les sectes charlatanesques et la cupidité des boutiquiers. L'essai plut énormément à Stendhal, qui déjà, dans le Rouge et le Noir, critiquait la tyrannie de l'opinion aux Amériques, et dans la Chartreuse de Parme, le culte du dollar. Dans Lucien Leuwen, il avouait détester ce despotisme de la vulgarité :

" J'ai horreur du bon sens fastidieux d'un américain. Les récits de la vie du jeune général Bonaparte, vainqueur au pont d'Arcole, me transportent ; c'est pour moi Homère, le Tasse, et 100 fois mieux encore. La moralité américaine me semble d'une abominable vulgarité […] Ce pays modèle me semble le triomphe de la médiocrité sotte et égoïste, et, sous peine de périr, il faut lui faire la cour".

Cette critique des USA de Frances Trollope fit florès au cours du siècle, puisque des thèmes comme le charlatanisme religieux, la cupidité, l'imposture démocratique, la corruption du milieu des affaires, furent repris dans une pièce de Victorien Sardoux, L'Oncle Sam, en 1873.

c°) Tocqueville et la tyrannie de l'opinion.

Alexis de Tocqueville fut l'auteur, en 1835 et 1840, d'une enquête sur le régime politique américain, dans De la démocratie en Amérique. Le français fut effrayé par la tyrannie de la majorité, majorité qui ne brillait pas par ses capacités intellectuelles et il écrivait, en 1835:

 

« Je ne connais pas de pays où il règne, en général, moins d'indépendance d'esprit et de véritable liberté de discussion qu'en Amérique. [...]En Amérique, la majorité trace un cercle formidable autour de la pensée. Au-dedans de des limites, l'écrivain est libre ; mais malheur à lui si il ose en sortir". 

Frédéric Gaillardet qui passa 10 ans aux USA, de 1837 à 1847, républicain déçu par l'Amérique, s'opposera à la vision tocquevillienne, en affirmant que loin d'être démocratique, les Etats-Unis sont dominés par cette aristocratie WASP (=White Anglo-Saxon Protestant), des capitalistes assimilés à de la canaille !

d°) Baudelaire et la menace d'américanisation du monde.

 

Dans une lettre à Edouard Dentu, du 18 février 1866, Baudelaire écrivait :

"Quoi de plus belge que l'Amérique ? Impostures jumelles, monstruosités apparentées que la jeune Belgique et la jeune Amérique. C'est le même utilitarisme, le même sentimentalisme, la même turpitude démocratique, la même haine du génie et la même odeur de magasin".

Outre cette curieuse comparaison avec la Belgique, Baudelaire reprenait la critique stendhalienne, de la médiocrité de la vie américaine, cette omniprésence de l'argent et de la boutique, avilissantes pour l'esprit, ce règne de la majorité ignare, qui tue le génie. Le poète, admirateur et traducteur d'Edgar Allan Poe, ne pouvait souffrir un pays qui avait mit au ban de sa société ce génie et stigmatisait "un mouvement utilitaire qui veut enchaîner la poésie comme le reste".

Ce pays de boutiquiers, imperméable à la poésie, allait convertir le monde à son mode de vie , comme il le décrit dans Fusées. C'est Baudelaire qui forgea le verbe "américaniser", en 1855, dans un article à propos de l'Exposition universelle, synonyme de "progrès", progrès que le poète redoute, annonciateur de machinisme fatal à tout spiritualité.

 

II.La peur de l'Amérique conquérante (1898-1939).

 

1°) Le choc de la guerre américano-espagnole ou la naissance d'un nouvel impérialisme.

 

En 1898, les USA déclare la guerre à l' , et s'emparent de Cuba et des Philippines. Pour la première fois, un pays européen est battu par un état d'un autre continent. Cette défaite espagnole marqua la France. Les USA, voulaient être maître sur leur continent, avec la doctrine Monroe, mais menaçaient, désormais, la suprématie européenne dans le monde.

Ce thème de le menace géostratégique américaine avait déjà été abordé par Edouard de Mandat-Grancey, qui avait prédit la disparition de la France et par François Gaillardet, à la fin du 19eme, mais il est réactivé avec force avec cette guerre américano-espagnole.

Maurras dans ses Trois Aspects du Président Wilson, abordera l'impérialisme américain qui se déploie dès cette guerre contre l'Espagne et il mettra la déclaration de guerre de 1917, non sur l'amitié fayettiste, mais sur une politique de puissance.

Mais c'est André Suarès, en 1926, avec "Vues d'Europe, le principe européen", qui était hanté par l'impérialisme américain, nouveau concurrent de la vieille Europe, menaçant les intérêts du Vieux-Continent. Pour l'essayiste, l'ennemi pour la France n'était pas l'Allemagne affaiblie, mais les USA conquérants.

Ce thème du déclin de l'Europe face à une Amérique impériale transparaît chez Paul Valery, avec sa célèbre phrase, "Nous autres, civilisations, nous savons maintenant que nous sommes mortelles" !

Toute une littérature antiaméricaine fleurira, dans l'entre-deux-guerres, stigmatisant la politique impériale des Etats-Unis, comme L'impérialisme américain d'Octave Homberg, en 1929 ou le Cancer américain de Robert Aron et Arnaud Dandieu, qui allait souvent de pair avec la décadence française ou européenne.

 

2°) Wilson adulé, puis détesté !

Si les franco-anglo-russe furent aidés par les USA, dès l'été 1914, notamment par le déblocage de prêts pour l'Entente, les américains attendirent avril 1917 pour entrer dans la guerre. Entrée tardive mais décisive, puisqu'un an et demi plus tard, malgré la défection de la Russie révolutionnaire, la victoire est au bout du tunnel. L'idéaliste président Wilson, avec ses 14 points, devint un acteur majeur de l'après-guerre et imposa la Société des Nations comme nouvelle organisation pour régler les conflits de manière pacifique. Reçu en héros, à Paris, fin 1918, il partit sous les huées, affrontant un Congrès américain, désormais républicain, qui allait refusait de signer le Traité de Versailles.

 

3°) Maurras : antiaméricanisme et antisémitisme.

La figure de Wilson, va alimenter l'antiaméricanisme de l'entre-deux-guerres, Freud y voyant un névrosé, responsable des maux de l'Europe, Robert Aron et Dandieu, dans leur Cancer américain, le désignant comme un "Attila à lunettes d'écailles".

Mais c'est Charles Maurras qui fixa, dès 1920, les balises de l'antiaméricanisme d'extrême- droite, dans Les 3 aspects du Président Wilson. Le leader de l'Action Française reprocha à Wilson son idéalisme et sa germanophilie, vue comme une trahison par le martégal, et qui serait liée à sa proximité avec la finance juive. Avec Maurras apparaît donc un duo qui fit florès, par la suite, l'antiaméricanisme lié à l'antisémitisme. 

 

4°) Georges Duhamel et l'enfer américain.

 

Dans Scènes de la vie future, Georges Duhamel narrait l'atroce american way of life, récit de son voyage aux USA, en 1929, avec ce matérialisme débilitant, cette cupidité honorant le dieu dollar et ces villes infernales. L'écrivain allait imprimer dans les esprits français et belges, une vision de la société américaine décadente, dont s'inspirera en partie Hergé pour son Tintin en Amérique, où les américains se résument à des bandes de gangsters !

Duhamel reprenait donc les critiques de Stendhal et de Baudelaire, sur la médiocrité matérialiste de la société américaine, thème assez courant dans la mouvance droitière comme l'indiquait le livre de Kadmi-Cohen, en 1930, nommé L'abomination américaine !

 

5°) Le cancer américain.

 

En 1931, paraît Le cancer américain, de Robert Aron et Arnaud Dandieu. Pour les auteurs, les USA ont tiré les marrons du feu et les poilus ne sont pas morts pour une noble idée, mais pour la Federal Reserve System. Pour les deux  hommes, les deux dates les plus significatives n'étaient pas l'entrée en guerre des USA, en 1917, mais 1913, avec l'organisation du système bancaire américain et 1929, avec l'application du Plan Young, qui plaçait les américains comme acteurs majeurs de la finance internationale. Les USA étaient perçus comme un pays matérialiste qui a poussé la rationalité, idée européenne, jusqu'à son but ultime, contrôler monde par le biais de la finance.  Le livre cristallisait les rancoeurs européennes d'après-guerre et désignait le vrai pouvoir américain : la Banque.

 

6°) De Oncle Sam à Oncle Shylock ou le malaise de la dette.

 

"Le prêteur n'est jamais aimé de son débiteur", écrivait Jean-Louis Chastanet, dans son livre "L'oncle Shylock ou l'impérialisme américain à la conquête du monde (1927).

a°) Le malaise de la dette, une vieille histoire.

Si le remboursement des dettes de guerre vont empoisonner les relations franco-américaines de l'après-guerre, il y avait eu, au début du 19eme siècle, des tensions entre les deux pays, concernant des réparations promises par les français aux américains, à cause de 158 bateaux US saisis par le Premier Empire, dans le cadre du blocus continental contre la Grande-Bretagne. Un accord est trouvé en 1831, portant sur 25 millions de francs de réparation. Mais lorsque le traité arriva devant la Chambre française, Boissy d'Anglas et Lamartine condamnèrent l'ingratitude américaine envers la France, pays qui l'avait aidé à acquérir son indépendance, face à la perfide Albion. Le traité sera rejeté par la Chambre, ce qui entraîna des tensions entre les deux pays, avant d'être réglé une bonne fois pour toute. Mais cette crise des réparations de guerre, entama la confiance des français envers les américains, vus comme des gens cupides, et cette confiance, d'après l'historien René Rémond, ne revint qu'en 1917 !

La crise de la dette de l'entre-deux-guerres fut bien plus grave.

 

b°) L'Amérique, créancière du monde.

 

Dans son livre Les Etats-Unis d'aujourd'hui (1927), le géographe André Siegfried écrivait:

"Un grand fait nouveau s'impose : débiteurs de l'Europe en 1914, les américains sont devenus ses créanciers".

Ce changement de statut est regardé d'un oeil suspicieux, que Aron et Dandieu théoriseront comme le pouvoir de la Banque, dans leur cancer américain, agent de l'impérialisme américain. Même le modéré André Tardieu ne pouvait que constater que l'Amérique avait drainé tout l'or de Terre !

Les Français lient le remboursement de la dette aux américains aux réparations de guerre dues par les allemands, ce que contesta les USA. De plus, le congrès américain repoussant les traités européens et fermant une ligne de crédit pour reconstruire l'Europe (le contraire du plan Marshall de 1947), la France se sent grugée et trahie par son allié d'outre-Atlantique. Elle ne comprend pas que les américains veuillent à tout prix récupérer son argent, alors que l'Hexagone a payé l'impôt du sang, comme l'affirma Louis Marin à la Chambre, en 1925.

De plus, l'Allemagne, ruinée, n'arrivait pas payer ses dettes de guerre à la France et les plans Dawes (1923) et Young (1929), pilotés par des banquiers américains, réduisaient considérablement les réparations de guerre teutonne, jusqu'à les annuler, en 1932, scandalisant l'opinion française. A la rancoeur française, frappant un allié de la dernière heure qui demandait son dû financier, s'additionnait l'impression d'être dépossédé du processus des réparations, symbole du déclin français.

Cette cupidité avide, transforma l'image de l'Oncle Sam,


en Oncle Shylock, personnage shakespearien qui s'incarnait dans un usurier juif dans Le marchand de Venise, selon la formule de Jean-Louis Chastanet, en 1927, variation de personnage qui retrouvait les accents antisémites d'un Maurras. L'Amérique se servait du pouvoir de l'argent pour dominer le monde.

Camelots du Roi et Croix de Feu, ligues fascisantes, manifestèrent, en 1932, contre le créancier américain qui voulait saigner la France. Et  la Chambre ne suivit pas Edouard Herriot, en décembre 1932, et suspendit les remboursements dus aux USA, ce qui entraîna un rafraîchissement des relations entre les deux pays et alimenta l'isolationnisme américain.

 

III.L'anti-américanisme de la guerre froide.

 

Si l'antiaméricanisme originel toucha plutôt la droite nationale que la gauche, avant la seconde guerre mondiale, les choses vont changer, après 1945, avec une opposition à l'impérialisme américain qui va se cristalliser au sein du PCF.

 


(Affiche du PCF)

 

1°) L'opposition au Plan Marshall..

Ce dont les français avaient rêvé en 1920, un crédit ouvert par le Trésor américain, ils vont le recevoir en 1947 sans l'avoir demandé ! Le Plan Marshall alloua à la France la somme colossale de 1300 millions de $ pour la période 1948-1949. Mais cette aide financière ne va pas dévitaliser l'antiaméricanisme. Les antiaméricains de 1930 refusaient de s'acquitter, les antiaméricains de 1948 refusaient de recevoir !

Les communistes voient l'adhésion au Plan, comme une vassalisation de la France par les USA, entamant un engrenage qui l'amènera, au sein de l'OTAN, de servir de base à la future guerre contre l'URSS. Dans son livre, "La France deviendra-t-elle une colonie américaine ?", Georges Soria fixa l'argumentaire antiaméricain pour longtemps. Aucun geste généreux dans ce plan Marshall, mais un investissement intéressé pour ouvrir de nouveaux marchés à l'industrie américaine, qui asservira l'hexagone aux intérêts américains. Ce plan est une machine de guerre préparant les soldats français à servir de chair à canon dans la future guerre qui s'annonçait contre l'Union Soviétique (qui ne disposait encore de la bombe atomique).

Charles Tillon, dans sa Lettre au président Truman, accusait les américains, avec les plans Dawes et Young, d'avoir fait le lit du nazisme, une reprise des accusations d'Aron et Dandieu, dans leur Cancer américain d'avant-guerre.

Cet argumentaire toucha aussi des citoyens non-communistes et Etienne Gilson, proche du MRP, stigmatisa les accords Blum-Byrnes, ouvrant le marché français au cinéma américain, considéré comme débilitant pour le public hexagonal et critiqua le Pacte Atlantique, comme un traité belliqueux.

2°) L'appel de Stockholm, contre la bombe atomique.

Le Mouvement de la paix, dirigé par des communistes, va contribuer au succès de la campagne de signature de l'Appel de Stockholm, signé par 15 millions de français, en 1950, qui demandaient l'interdiction de la bombe nucléaire, que l'URSS ne possédait pas encore. Le succès de cette pétition illustrait bien que l'antiaméricanisme français débordait largement les cadres du Parti communiste.

 

3°) Manifestation contre le général Ridgway.

 

Lors de la guerre de Corée, le général Ridgway qui dirigeait les troupes américaines fut accusé par le mouvement communiste international d'avoir utilisé des armes bactériologiques contre les nord-coréens et les chinois. Lors de sa venue en France, en mai 1952, une manifestation monstre contre le général américain dégénéra en combats de rue, faisant un mort chez les manifestants.

 

4°) L'opposition des intellectuels aux guerres américaines.

 

Dans le cadre de la guerre froide, les USA allaient incarner une puissance impériale, voulant écraser les mouvements de libération nationale, comme à Cuba, où ils s'opposèrent à Fidel Castro, mais surtout au Vietnam, de 1965 à 1974, où ils vont écraser, sous les bombes, le peuple vietnamien. Beaucoup d'intellectuels français, souvent des compagnons de route du parti communiste, vont stigmatiser le bellicisme américain, comme Jean-Paul Sartre. Le philosophe français avait déjà donné une image négative de la société américaine dans sa pièce de théâtre, La putain respectueuse ...(1946), où les américains blancs apparaissaient comme racistes et cyniques ! Sartre, invité par une université US à faire une série de conférences, refusa d'aller aux Etats-Unis, en 1965. Pour Raymond Aron, l'Amérique dans l'imaginaire sartrien avait la même fonction que les Juifs dans la logomachie nazie, elle était, ontologiquement, mauvaise, elle incarnait le Mal.

 

5°) De Gaulle et l'antiaméricanisme.

 

Le général de Gaulle s'était très mal entendu avec Roosevelt, durant la seconde guerre mondiale, et il voyait dans les américains une puissance impériale menaçant les intérêts français. Le "lâchage" des américains en Indochine et lors de la crise de Suez, les critiques permanentes des USA faites à la France coloniale, notamment durant la guerre d'Algérie, décida le général, lorsqu'il reprit le pouvoir, de sortir de l'OTAN, et d'avoir une politique indépendante, à équidistance entre les deux blocs.

L'antiaméricanisme de De Gaulle est donc d'ordre politique et stratégique, voyant dans les USA une puissance arrogante menaçant les intérêts de la France. Jacques Chirac, lors de son opposition à la guerre en Irak, reprendra cette thématique gaullienne.

 

6°) La critique de l'american way of life et de l'américanisation du monde.

La critique contre les USA va aussi reprendre les thèmes déjà traités par Georges Duhamel, qui stigmatisait le matérialisme américain et la consommation effrénée. Jean Baudrillard, dans La société de consommation (1970), va fortement critiquer cette dérive consumériste venant des Etats-Unis. On retrouve toujours cette critique de l'american way of life aujourd'hui, chez les alter-mondialistes et la droite nationaliste, qui méprisent cette société matérialiste et hyper-individualiste, qui a exporté son mode de vie et ses schémas de pensées via le cinéma et les séries TV, au reste du monde.

Américanisation insupportable qui fit dire à Alain de Benoist, le théoricien de la Nouvelle Droite affirma:

"Je préférerais encore être sous le joug de l'armée rouge, que d'avoir à manger des hamburgers !".

 

IV.L'antiaméricanisme après la fin de la guerre froide.

 

1°) Les USA, seule hyperpuissance.

 

La chute de l'URSS, en 1991, a laissé les USA tout seul, sans ennemi apparent, consacrant la victoire du modèle capitaliste sur son adversaire communiste. Mais la nature ayant horreur du vide, une nouvelle opposition à l'Empire américain s'est constitué.

Désormais, toute intervention militaire des américains ou de l'OTAN est vu comme une agression insupportable contre les peuples. Jean Clair, ancien directeur du Musée Picasso, compara les forces de l'OTAN qui bombardaient la Serbie de Milosevic aux aviateurs nazis qui suppliciaient Guernica, en oubliant que le dictateur serbe était un farouche partisan de l'épuration ethnique !

C'est Jean Baudrillard qui dans Libération, accusa les américains de diviser les européens et d'être les complices objectifs de Milosevic ! Alors que les USA ont surtout pallié à l'inertie de l'Union Européen face à la purification ethnique serbe.

 

2°) Les USA sous la coupe de Wall-Street et des juifs.

 

C'est la thèse d'Anthony C.Sutton, historien britannique, qui affirmait que les banquiers américains avaient soutenu Hitler et Lénine, finançant le parti nazi et les bolcheviks. Ce thème du pouvoir des financiers américains, souvent juifs, n'est pas nouvelle, et avait déjà été traité en 1920, par Charles Maurras. Mais depuis la crise financière de 2008, le rôle de Goldman Sachs, de JP Morgan a été fortement critiqué, et la thématique du pouvoir occulte des banquiers américains, souvent juifs, est revenue en force. En France, c'est l'essayiste Alain Soral qui se fait le promoteur de cette thèse, dans le cadre de son association Egalité & Réconciliation, mouvement nationaliste et antisioniste. Son livre "Comprendre l'Empire", qui s'en prend aux banquiers juifs et à Wall Street, a connu un succès non négligeable.

Le soutien des Etats-Unis à la politique de l'Etat d'Israël, a entraîné un vif ressentiment de la part des français d'origine maghrébine et des antisionistes de gauche et de droite envers les USA.

 

3°) L'antiaméricanisme après les attentats du 11 septembre.

 

Après les attentats du 11 septembre 2001, contre les tours du World Trade Center et contre le  Pentagone, les interventions militaires en Afghanistan, juste après et en Irak, en 2003, pour faire tomber Saddam Hussein, ont alimenté les mouvements anti-guerre, qui accusèrent le Président Bush d'instrumentaliser les attentats du 11 septembre pour provoquer des guerres au Proche-Orient, et se positionner pour contrôler les gisements de pétrole.

Une mouvance conspirationniste s'est développée, depuis ces attentats, voyant dans les USA le grand manipulateur des attaques contre les deux tours et le Pentagone, autour de Thierry Meyssan, président du Réseau Voltaire et auteur de L'Effroyable imposture, et d'Alain Soral, qui fait du conspirationnisme américano-sioniste, son cheval de bataille. Evidemment, ces conspirationnistes n'avancent aucune preuves tangibles pour étayer leurs thèses.

En 2003, Emmanuel Todd, dans son livre, Après l'Empire, annonça l'écroulement de l'empire américain et l'ascension de l'Europe. 10 ans plus tard, les USA sont toujours là et c'est l'Union Européenne qui est en crise !

 

 

4°) L'alter-mondialisme ou la critique de l'ultra-libéralisme mondialisé.

La chute de l'URSS, le déclin de l'idéal communiste qui s'est traduit, en France, par la baisse spectaculaire du score du PCF, n'a pas désarmé de nouveaux opposants au régime américain.

Depuis 1945, les USA ont favorisé une politique libérale au niveau mondial, en dissolvant les frontières par le biais de l'OMC, en imposant une politique libérale via le FMI, en abandonnant le système monétaire de Bretton Woods qui a permis aux USA de s'endetter massivement. Le modèle libéral américain s'incarna dans les Chicago Boys, des économistes chiliens formés aux USA et menant une politique libérale au Chili. En 1996, Viviane Forrester, dans L'horreur économique, dénonçait cette financiarisation de l'économie.

La crise des subprimes, en 2008, qui est partie des USA et qui a impacté les économies du monde entier, a, de nouveau, alimenté la critique du modèle économique américain, désormais centré sur la spéculation boursière au détriment de la production.

 

Conclusion:

 

Dans un article sur les paradoxes de l'antiaméricanisme, l'essayiste Pascal Bruckner écrivait que l'Amérique, pour certains intellectuels, n'était pas détesté pour ce qu'elle faisait, mais pour ce qu'elle était. Bref, qu'elle avait le tort d'exister ! Cette assertion a une partie de vérité, puisque pour beaucoup, les USA sont toujours coupables, toujours bourreaux, même quand ils sont attaqués ! Ce qui est assez  paradoxale dans l'antiaméricanisme français, c'est qu'il reste assez puissant alors que nous adorons le cinéma et les séries américaines, nous écoutons du rock ou du jazz, nous mangeons des Big Mac et buvons du Coca, et rêvons de voyager aux USA ...Allez comprendre !

 

 

 

 

 


23/10/2013
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